Parallèles et oppositions entre Valjean et Javert

 

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Parallèles et oppositions entre Jean Valjean et Javert dans Les Misérables

 

de

 

Katarína Mináriková

 

 

 


 

Table de matières

 

1.   Introduction 

2.   Victor Hugo et ses opinions humanistes 

3.   Histoire des Misérables 

4.   Jean Valjean – forçat qui obéit à sa conscience 

5.   Javert – agent de la justice infaillible

6.   Valjean contre Javert

            6.1   Histoire de vie

            6.2   Rôle de la société

            6.3   Loi et justice

            6.4   Foi

            6.5   Sentiments et qualités

7.   Conclusion

Bibliographie et webographie

 


 

1 .   Introduction

 

Le 19e siècle, en France, était une époque orageuse, ce qui s’est reflété même dans la littérature de ce temps-là. L’esprit révolutionnaire a partiellement contribué à la libération des règles littéraires et il a apporté des nouveaux thèmes et personnages – entre autres des thèmes sociaux et des héros du peuple. Le nouveau mouvement du romantisme a donné naissance à plus d’un bijou littéraire en ce qui concerne la poésie, le théâtre ainsi que la prose. Mais aucune œuvre littéraire de cette époque n’a gardé une aussi grande popularité jusqu’à nos jours que le chef-d’œuvre de Victor Hugo – son roman Les Misérables.

Hugo est à juste titre considéré comme un des plus grands écrivains français et, en écrivant Les Misérables, il y a mis toute sa virtuosité et tout son cœur. Ainsi il a crée une histoire qui nous révèle les conditions sociales et politiques de la France dans la première moitié du 19e siècle. De plus, il y a dépeint un enchevêtrement de personnages complexes dont les histoires inspirent au lecteur des émotions – on ne peut pas ne pas être ému par les sacrifices de Valjean, vexé par la rigidité de Javert ou touché par la mort du petit Gavroche. Surtout le personnage principal – Jean Valjean – évoque des sentiments de sympathie et de compassion et nous fait juger la société et ses normes. C’est peut-être la source principal de la popularité des Misérables d’aujourd’hui - ils nous offrent une palette de personnages et captivent notre attention par leurs caractères, leur mentalité et leurs actions.

Pour cette raison, l’objectif principal de notre mémoire est d’analyser deux personnages des Misérables qui sont souvent considérés comme opposés – Jean Valjean et l’inspecteur Javert. Ces deux hommes sont des adversaires pendant presque toute leur vie et leurs caractères semblent être tout à fait contraires. Pourtant, on peut trouver dans leurs histoires des traits communs ou au moins semblables. Bien que notre connaissance de l’histoire de Javert ne soit pas aussi détaillée que celle de Valjean, il peut être intéressant de les comparer ainsi que leurs opinions concernant certains sujets et leurs actions. Au travers de cette comparaison nous pourrons démontrer si Valjean et Javert ne sont pas qu’antagonistes ou s’ils ont vraiment quelque chose en commun.

 
 

2.   Victor Hugo et ses opinions humanistes

 

Même si dans le romantisme littéraire français figurent beaucoup d’écrivains éminents, aucun d’eux n’a une réputation si brillante que Victor Hugo. Ce grand homme de lettres, considéré comme une des plus importantes personnalités françaises, a contribué au développement de tous les genres littéraires. Mais ce qui est le plus important pour notre travail, c’est sa contribution romanesque.

Victor Hugo est né en 1802, donc entre la Révolution de 1789 et l’empire napoléonien ; cependant il fut élevé dans un esprit royaliste. Seulement plus tard, ses opinions penchent vers la démocratie et Hugo devient un combattant pour l’humanisme et pour les droits du peuple. On peut apprécier sa conviction non seulement dans son œuvre mais aussi dans sa vie réelle. Il fait valoir ses opinions démocratiques et réformistes même comme homme politique, membre de l’Académie française et, plus tard, comme pair de France. Après la révolution de 1848, il est élu député grâce à son attitude démocratique. Après le coup d’état, sa sympathie pour Louis-Napoléon Bonaparte se transforme en résistance : Hugo critique ouvertement la politique de l’empereur et est donc forcé de s’exiler. En signe de protestation contre les pratiques antidémocratiques quelques années plus tard, il refuse l’amnistie et choisit l’exil volontaire jusqu’à la fin du règne de Napoléon III. C’est pendant cet exil qu’une grande partie des œuvres les plus marquantes de Hugo est composée, dont même le roman Les Misérables.

Les activités humanistes de Hugo, ce n’est pas seulement la haute politique française car ce sont surtout les couches sociales les plus basses qui sont importantes à ses yeux. Hugo professe la philosophie que c’est la pauvreté qui, souvent, pousse des hommes à commettre un crime et que, pour cette raison, il n’est pas juste de les condamner. C’est pourquoi il s’oppose fortement à la peine de mort et réclame son abolition. Il est indigné par le traitement des hommes pauvres, surtout ceux accusés de quelque crime et souvent il intervient pour les aider. Il cherche même à attirer l’attention du public vis-à-vis de ce problème et dédie à cette intention plusieurs de ses œuvres romanesques.

Dans ses romans, Hugo soulève fréquemment des problèmes sociaux – l’hypocrisie et l’injustice de la société ainsi que la misère de quelques couches sociales. Toutefois ce n’est pas seulement la vie dure des pauvres et l’ignorance des riches que Hugo critique, c’est aussi le système judiciaire français, ses imperfections et ses injustices. Parmi ses œuvres socialement orientées, ce sont justement Les Misérables qui ont éveillé la plus grande attention et provoqué la discussion. On peut attribuer ce succès à la virtuosité de Hugo qui a réussi à créer une histoire émouvante et convaincante. Pourtant, ce n’est pas la première œuvre dans laquelle il traite un thème judiciaire.

Dès son enfance, Hugo éprouve de la pitié pour des condamnés à mort et de la haine pour la guillotine. Il trouve la peine capitale insupportable et ne comprend pas pourquoi « la société fît au coupable, et de sang-froid, et sans danger, précisément la même chose dont elle le punissait »[1]. Ces sentiments l’inspirent à écrire son premier roman « engagé » - Le dernier jour d’un condamné. Paru en 1829, le roman représente le journal d’un condamné – on ne connaît pas son nom ni la raison précise de sa punition – Hugo se concentre surtout sur la description des sentiments et des idées de ce pauvre homme avant sa mort forcée. Il y souligne même l’impact de cette peine sur d’autres êtres innocents comme la mère, la femme et avant tout la fille du condamné. En écrivant son roman, Hugo ramasse des matériaux et les étudie – il examine les conditions au bagne de Toulon, il visite la prison de Bicêtre pour observer les prisonniers et les forçats – c’est là qu’il fait la connaissance d’un homme qui sera l’inspiration pour son œuvre suivante. Cinq ans plus tard, Hugo publie un bref roman, Claude Gueux, qui raconte l’histoire vraie de cet homme emprisonné pour le vol d’un pain et poussé, en raison des traitements violents qu’on lui inflige en prison, à assassiner le directeur. A travers Claude Gueux, Hugo accuse la pauvreté et l’injustice sociale comme responsables de nombreux crimes.

Mais ces deux histoires pleines de reproches ne lui suffisent pas. Hugo rêve de composer une œuvre beaucoup plus grande – une épopée sur les misères sévissant dans la société. Ainsi les deux romans de la prison ne deviennent qu’une préface à l’histoire grave et émouvante de Jean Valjean - Les Misérables.


 

3.   Histoire des Misérables

 

La publication des Misérables a été un événement singulier à son époque. Le roman longuement attendu a divisé la société française en deux camps – les uns l’ont glorifié tandis que les autres l’ont réprouvé. La raison était qu’il ne s’agissait pas d’une histoire romantique ordinaire – Hugo y incorporait des éléments du roman social, du roman psychologique ainsi que des détails réalistes.

Le projet originel de Hugo était d’écrire un livre des Misères et d’y détailler le thème déjà proposé dans Le dernier jour d’un condamné et dans Claude Gueux. Il s’est mis à écrire en 1845, et l’histoire devait avoir quatre parties – histoires d’un saint, d’un homme, d’une femme et d’une poupée. En 1848, l’œuvre était presque prête à être publiée. Mais les projets de Hugo sont rompus par la révolution. Les changements politiques, le coup d’état et l’opposition contre Napoléon III. – tout cela détourne l’esprit de Hugo de son roman social. Il ne le reprend que douze ans plus tard, en 1860, pendant son exil à Guernesey. Désormais il est totalement absorbé par l’écriture. Il profite souvent de ses propres expériences ou bien de ses notes sur personnes et événements réels. L’histoire originelle est maintenant réécrite sous l’influence du changement de ses opinions politiques. En 1861 l’œuvre est finalement terminée et Hugo est persuadé de son succès: « Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal de mon œuvre. »[2]

Et il ne se trompe point. Le roman fait grand bruit non seulement en France mais aussi dans les autres pays d’Europe. Il raconte l’histoire émouvante de Jean Valjean – un homme condamné aux galères pour avoir volé un pain. Après dix-neuf ans de travaux forcés, il est libéré sous condition, mais avec ses papiers d’ancien forçat il est chassé de partout. Il trouve un abri chez un évêque, M. Myriel, qui le traite avec bienveillance ; or le matin suivant Valjean vole son argenterie et s’échappe. Saisi par des gendarmes, l’évêque le sauve de l’emprisonnement et cet acte de générosité inattendu change la vie de Valjean. Il renonce à ses antécédents de galérien et devient M. Madeleine – un homme honorable. Quelques années plus tard, Madeleine, alors un maire respecté, sauve une pauvre femme, Fantine, de la peine de prison. Cette fille-mère doit se prostituer pour pouvoir payer la nourriture de sa petite fille Cosette. En même temps Madeleine apprend qu’un ancien forçat, Jean Valjean, va être jugé et condamné aux galères à perpétuité. Pour sauver un homme innocent, le Valjean réel se livre et est arrêté par un inspecteur impitoyable, Javert. Entre temps Fantine meurt. Valjean s’enfuit des galères et va chercher Cosette. Il la délivre du service des aubergistes cruels – les Thénardier – et l’emmène à Paris. Javert, alors inspecteur à Paris, identifie Valjean et veut l’arrêter. Valjean et Cosette lui échappent en trouvant refuge dans un couvent où Valjean devient jardinier et Cosette, pensionnaire.

Après cinq ans, Valjean et Cosette quittent le couvent et s’installent de nouveau à Paris sous le nom de Fauchelevant. Par hasard ils rencontrent les Thénardier, maintenant une famille pauvre de criminels, qui emprisonnent Valjean dans leur galetas, et Javert, qui vient les arrêter. Valjean réussit à s’évader sans être reconnu par l’inspecteur. Cependant Cosette rencontre Marius, un jeune républicain, et ils tombent amoureux.  Quand Valjean, hanté par les fantômes de Javert et des Thénardier, se détermine à partir avec Cosette pour l’Angleterre, Marius, désespéré, prend part à l’insurrection des étudiants. Il envoie à Cosette une lettre d’adieu, qui fait découvrir à Valjean l’amour des deux jeunes gens. Valjean se présente à la barricade et il y joue le rôle du sauveur – tout d’abord il délivre Javert, capturé pour espionnage et puis il enlève Marius, gravement blessé lors de la prise de la barricade, chez son grand-père. Pendant sa route, Valjean rencontre Javert, qui veut d’abord l’arrêter, mais il finit par le libérer. Javert pourtant ne peut pas supporter sa propre violation à la loi et à ses principes, et se suicide. Après sa guérison, sans savoir le nom de son sauveur, Marius épouse Cosette et tous croient être finalement heureux. Mais Valjean ne peut plus dissimuler le secret accablant de son passé et se confie à Marius. Celui-ci l’incrimine et quand Valjean quitte la maison, il cherche à le séparer de Cosette. Pendant que Valjean est en train de mourir de douleur, Marius apprend grâce à Thénardier toute la vérité, surtout que c’était lui qui l’avait sauvé sur la barricade. Regrettant son attitude envers Valjean, Marius et Cosette arrivent à temps pour lui dire adieu avant que le vieillard ne meure. C’est ainsi que Valjean obtient son absolution et sa libération finale.

Les Misérables ne sont pas un roman ordinaire de la période romantique. Souvent considérée comme « épopée du peuple et de la misère », l’œuvre comprend des traits du roman social, ainsi que du roman psychologique et du roman réaliste. Hugo veut souligner surtout les trois problèmes du siècle – « la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit »[3].


 

4.   Jean Valjean – forçat qui obéit à sa conscience

 

La cause de Jean Valjean est un des thèmes des Misérables les plus discutables. Un forçat rejeté par la société devient un homme honorable, mais son existence tranquille est troublée par son passé. Doit-il être condamné pour ses anciennes fautes ? La justice dans cette cause, est-elle vraiment juste ?

Un autre point des débats est la gravité de la punition. Il est souvent objecté que la misère de Valjean est hyperbolisée et qu’en réalité même à cette époque-là, on n’aurait pas condamné un homme aux galères pour le vol d’un pain. Aussi invraisemblable que cela paraisse, Hugo s’est inspiré de l’histoire réelle d’un galérien nommé Pierre Maurin. Celui-ci a été condamné en 1801 à cinq ans de  galères pour le vol d’un pain, motivé par une seule raison – il avait voulu nourrir les sept enfants affamés de sa sœur. Après sa libération, Maurin, comme Valjean, frappe à la porte d’un évêque – Monsignor Miollis, un modèle réel pour le personnage de Monseigneur Myriel – qui le sauve de son malheur.

Dans Les Misérables, Jean Valjean est un personnage de la plus haute importance – on peut suivre le développement de son caractère et de sa psychologie. Sa vie est dure du début à la fin, même s’il éprouve aussi des moments de joie. Dans son existence pénible, il faut souligner surtout trois événements qui ont eu une influence considérable sur lui et ont changé sa destinée. C’est la rencontre avec M. Myriel, l’affaire Champmathieu et la confession à Marius où, après de lourds combats intérieurs, Valjean prend de graves décisions.

Valjean était à l’origine un homme pauvre et malheureux, mais pas mauvais. Ce fut son séjour de dix-neuf au bagne qui lui a endurci le cœur : il «était entré au bagne sanglotant et frémissant ; il en sortit impassible »[4]. Après sa libération, Valjean ne rencontre que mépris, haine et préjugés ; on le chasse de partout, on lui refuse gîte et couvert. Désespéré, il frappe à la porte qu’on lui a indiqué, sans savoir qu’il s’agit d’un évêché. Il se hâte d’avouer son identité et attend d’être chassé comme toujours, mais M. Myriel, un évêque, le traite avec compréhension, compassion et même avec considération. « [Dire] Monsieur à un forçat, c’est [donner] un verre d’eau à un naufragé »[5]. Pourtant, ces quelques moments de gentil traitement ne peuvent pas éteindre dix-neuf ans de peine. Dans la nuit, Valjean se lève pour prendre la fuite – il résiste à l’idée de tuer l’évêque, mais il emporte l’argenterie, oubliant tous ses sentiments du soir. Quelques heures plus tard, il est pris par les gendarmes et amené chez M. Myriel. Celui-ci, qui comprend très bien la situation de Valjean, ne tarde pas à le sauver. Il déclare que l’argenterie était un cadeau et lui donne aussi des chandeliers d’argent. Valjean, stupéfait, ne comprend pas une telle bienveillance, mais son cœur durci n’est pas encore touché par les mots de l’évêque : « Jean Valjean, mon frère, vous n’appartenez plus au mal, mais au bien. C’est votre âme que je vous achète; je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition et je la donne à Dieu »[6]. En se hâtant hors du village, Valjean est balloté par divers sentiments – sa haine et sa colère sont mêlées à l’humiliation et l’attendrissement. Mais il faut qu’il commette un dernier crime pour que son cœur fonde – après avoir volé un petit savoyard, il prend conscience de tout le mal qu’il a accompli et considère l’effet de l’acte de M. Myriel. « Alors son cœur creva et il se mit à pleurer. C’était la première fois qu’il pleurait depuis dix-neuf ans. »[7]. Ainsi un bonhomme d’évêque réussit à convertir une âme presque damnée, et Valjean se débarrasse de son passé et change d’identité ainsi que sa vie entière.

Huit ans plus tard vit à Montreuil-sur-Mer M. Madeleine, un maire respectable au bon cœur ; personne ne reconnaît en lui l’ancien forçat Valjean. Pourtant il y a un homme qui  soupçonne son identité – un inspecteur de Montreuil nommé Javert, qui le dénonce, après certains événements, à la préfecture de police. Entre temps la police arrête un autre homme qu’elle considère comme Valjean, M. Madeleine est donc laissé tranquille. L’affaire paraît être conclue pour le maire – un homme inconnu assurera la vie paisible du Valjean réel qui a toutefois fait beaucoup d’effort pour redresser les abus du passé et gagner la reconnaissance de la société. Mais ce qui ne laisse pas Madeleine tranquille, c’est sa conscience. Peut-on laisser souffrir un autre homme, bien que criminel, pour ses propres péchés ? Il fait alors face à un dilemme terrible – doit-il se livrer et perdre les fruits de son effort de huit ans ou garder son secret, mais perdre la paix de sa conscience et la grâce de Dieu ? Cette question rage dans la tête de Valjean comme une tempête et il passe une nuit effroyable. Examinant tous les arguments, sa décision est toujours plus difficile. D’une part il a des responsabilités et  des projets - il est un bienfaiteur de la région qui s’occupe de ceux qui en ont besoin et  il emploie des gens pauvres dans ses fabriques ; de plus il a promis à Fantine, gravement malade, de lui amener sa petite fille. Mais d’autre part ne rien dire, cela signifie condamner un homme qui, peut-être, n’a commis aucun crime, aux galères à perpétuité – c’est presque la même chose que de le tuer. Il est clair que le premier choix serait plus avantageux pour Valjean, mais il se rend compte que son but est de « Sauver, non sa personne, mais son âme. »[8], et que « Se livrer, sauver cet homme [...] c’était là vraiment achever sa résurrection, et fermer à jamais l’enfer d’où il sortait »[9]. Alors, il se résout à assister à un procès et à prendre la décision finale sur place. Pour faire ainsi, il faut réaliser un voyage rapide et à cause de quelques complications, Valjean perd l’espoir d’arriver à l’heure. Il se dit que c’est une œuvre de la providence, mais toutefois il continue sa route. Finalement il arrive juste à temps pour prendre connaissance de la triste histoire de l’accusé Champmathieu et pour le sauver en avouant tout. Cet acte retransforme le maire honoré en galérien méprisé, mais sa conscience reste nette. Néanmoins ces moments d’horreur et de lutte intérieure laissent aussi une autre marque encore plus visible – les cheveux gris du maire deviennent tout à fait blancs.

Malgré tous les obstacles, Valjean finit par remplir sa promesse donnée à Fantine de s’occuper de sa fille abandonnée. Cosette devient le bonheur de sa vie, le sens unique de sa vie : « Aimé de Cosette, il se trouvait guéri, reposé, apaisé, comblé, récompensé, couronné, il n’en demandait pas d’avantage. »[10]. Cependant il arrive un jour où sa vie presque idyllique avec Cosette est rompue par l’apparition de Marius – d’abord Valjean le hait, mais petit à petit il commence à comprendre que sa fille ne peut passer sa vie entière avec son « papa » vieilli. Alors, il supporte leur amour, il est prêt à se laisser tuer pour sauver la vie de Marius sur la barricade. Après leur mariage, Valjean se dit qu’il a accompli son devoir et que sa tâche est donc finie. Il se résout à abandonner Cosette pour qu’elle puisse être heureuse. Or cette décision est très douloureuse et signifie pour lui un grave sacrifice, Valjean doit donc prendre tout son courage pour faire le pas final – confier à Marius son identité. Il choisit le lendemain des noces de Cosette et Marius pour révéler à Marius son secret accablant. Il lui explique ses raisons d’agir : « Vous me demandez ce qui me force à parler ? une drôle de chose, ma conscience. »[11] ; qu’il ne pouvait pas être assis à leur table « avec la pensée que, si vous saviez qui je suis, vous m’en chasseriez »[12] et qu’il ne veut pas entacher leur avenir. Il se fait des reproches, s’humilie, tout en cachant ses bonnes actions – il considère ce sacrifice comme la punition finale de ses péchés : « pour que je me respecte, il faut qu’on me méprise »[13]. Sa confession est émouvante, amère et si douloureuse qu’il ne peut s’empêcher de verser des larmes. Comme il l’a supposé, son aveu influence l’opinion de Marius qui ne comprend point ce caractère de martyre. Même s’il lui accorde des visites à Cosette, Marius commence bientôt à regretter sa faiblesse et fait sentir à Valjean qu’il est un visiteur importun. Ainsi poussé, Valjean se met en isolement total. Cette séparation est probablement le plus difficile de tous ses actes – « Le premier pas n’est rien ; c’est le dernier qui est difficile. Qu’était-ce que l’affaire Champmathieu à côte du mariage de Cosette et de ce qu’il entraînait ? »[14]. Perdre une personne bien adorée est mille fois plus grave que perdre la liberté. Par ce dernier sacrifice, Valjean perd tout sauf sa conscience.

Toutefois la conscience, c’est la fortune la plus importante de Valjean. Éveillée par M. Myriel, elle joue un rôle considérable dans toutes ses décisions. « Je suis un galérien qui obéit à sa conscience, »[15] dit-il. C’est avec elle que Valjean mène des luttes compliquées dans les situations difficiles et c’est elle encore qui triomphe toujours de ses côtés sombres. La conscience l’extrait du statut de forçat maudit et l’aide à rester un homme honnête, ou bien à devenir presque saint.


 

5.   Javert – agent de la justice infaillible

 

Le caractère de Javert, un inspecteur de police, est souvent considéré comme opposé à celui de Valjean. Cet homme représente un des personnages négatifs du roman ; or, la nature de son rôle négatif diffère de celle des Thénardier et des autres malfaiteurs – elle prend sa source plutôt dans une sorte d’aveuglement de l’inspecteur.

A la différence de Valjean, le chemin de vie de Javert n’est pas si compliqué – il agit toujours sans aucune hésitation ou doute, ses attitudes et principes sont clairs et inconvertibles. La raison en est qu’il ne respecte qu’un seul principe - la loi - et qu’il lui accorde une confiance exclusive. Bien que Hugo ne consacre pas une telle place à l’analyse de sa psychologie comme à celle de Valjean, il le présente pourtant de façon telle qu’on peut reconstituer son caractère et ses motivations assez fidèlement.

L’officier de police Javert est paradoxalement né en prison – sa mère était une tireuse de cartes, son père un galérien. C’est avant tout sa famille qui est responsable de son attitude envers la loi. Il hait « cette race de bohèmes dont il était »[16], il entre alors dans la police et protège la société contre de tels individus.

Dire que Javert est injuste ne serait pas exact ; au contraire, sa justice est excessive et sévère. Le problème est que pour Javert la justice, c’est une loi et il la respecte aveuglément et sans aucun égard. « Le fonctionnaire ne peut se tromper ; le magistrat n’a jamais tort. » et « Ceux-ci (les criminels) sont irrémédiablement perdus. Rien de bon ne peut en sortir. »[17] - ce sont ses thèses. Javert respecte tooujours les autorités en tout point, sans tenir compte du fait s’il est d’accord avec leurs décisions. D’autre part il traite les « délinquants » sans aucun respect ou marque de sympathie – d’après sa philosophie, c’est exactement ce qu’ils méritent. Grâce à cette opinion, il n’a jamais de problèmes pour prendre ses décisions, jusqu’au moment où sa conviction est détruite. Ses jugements résolus peuvent être illustrés avant tout par rapport à son comportement envers les autres personnages du roman.

Le plus important est la relation de Javert envers Valjean. En tant que maire, Valjean ou bien M. Madeleine représente pour l’inspecteur une autorité souveraine. Il obéit à ses décisions, bien qu’il les désavoue dans son for intérieur. Il est vrai que des souvenirs du passé, renforcés par quelques actes insolites du maire, provoquent un soupçon chez Javert. Pourtant il respecte M. Madeleine comme un représentant de la magistrature jusqu’au moment où l’indulgence incompréhensible du maire concernant le crime de Fantine ne lui enlève pas ses dernières doutes. Puis il écrit une lettre dénonçant M. Madeleine ou bien le forçat Valjean. Mais par une erreur judiciaire, sa conviction est démentie et Javert se reproche d’avoir résisté pour la première fois de sa vie à une autorité. Il est si révulsé par son manquement qu’il vient chez M. Madeleine pour s’humilier, se nommer mouchard et renoncer à toute sa carrière policière : « J’ai failli, je dois être puni. Il faut que je sois chassé. »[18]. Sa résignation est pleine d’humilité mais, en même temps, il ne manque pas d’une certaine dignité – son comportement est en effet une démonstration de la façon dont Javert conçoit l’équité.

Après la révélation de l’identité réelle de M. Madeleine, l’attitude de Javert change avec la rapidité de l’éclair. Son triomphe renforcé par sa conviction précédente, il se hâte d’arrêter l’homme à qui il a demandé pardon quelques jours auparavant. Il oublie rapidement toutes qualités et bonnes actions de M. Madeleine et le traite sans aucune pitié, comme un malfaiteur qui ne mérite qu’une punition sévère. Il l’humilie et fait la sourde oreille à ses prières qui cherchent à protéger Fantine. La raison en est simple – en tant que forçat, Madeleine perd à ses yeux toute sa crédibilité et redevient un individu indigne.

La chasse à Valjean est la mission la plus importante de Javert. Toutefois, ce dernier n’est pas la seule personne innocente troublée par l’inspecteur. Son autre victime est Fantine, qui sacrifie son honneur pour sauver sa fille, mais c’est une sorte de sacrifice que Javert ne sait pas comprendre. Il ne prend Fantine que pour une fille publique qui dérange la société honnête et pour cette raison, il faut la sanctionner. Assistant à l’incident entre Fantine et un méchant bourgeois, qui met de la neige dans le dos de la prostituée, Javert ne doute donc pas du coupable et arrête la pauvre femme sur-le-champ. Il ignore ses raisons, ses implorations et larmes. « En cet instant, il le sentait, son escabeau d’agent de police était un tribunal. Il jugeait. Il jugeait et il condamnait. »[19]. Il est persuadé d’avoir raison et d’être responsable pour protéger la société des individus criminels de cette sorte. C’est alors l’explication de sa stupéfaction après l’ordre de M. Madeleine de relâcher cette femme répréhensible. Mais, comme contredire le maire serait un dépassement de ses compétences, Fantine est sauvée pour un temps.

Néanmoins, ce n’est pas la dernière rencontre de Javert et Fantine. Une seconde entrevue se produit au moment le moins convenable pour cette femme, sur son lit de mort – au moment où elle espère rencontrer de nouveau sa petite fille bien aimée. Au lieu d’une rencontre heureuse se présente un inspecteur effroyable, qui lui annonce qu’elle ne reverra point sa fille et que son patron est un galérien qu’il faut saisir. L’épouvante, la maladie et le désespoir, tout cela signe la mort de Fantine. Javert devient alors, bien qu’indirectement, le meurtrier de la pauvre femme. Toutefois il ne s’en rend compte – de son point de vue, c’est une pécheresse, qui ne mérite aucune pitié.

Malgré toutes ses actions impitoyables, il faut aussi accorder à Javert quelques vertus. Son comportement dans les situations périlleuses lui fait honneur, on ne peut qu’admirer son sang-froid, son audace et sa dignité. Ces qualités accompagnées de diligence, sagacité et fidélité lui donnent la réputation d’un agent de police redoutable parmi ses collègues ainsi que dans le monde des scélérats. Dans le roman, il y a quelques situations où Hugo fait apprécier au lecteur les facultés de Javert. On a déjà cité son humble visite dans l’office de M. Madeleine pour lui annoncer son « crime » d’offenser l’autorité. Un autre cas, où on peut estimer ses qualités policières, est son intervention contre les Thénardier et ses compagnons menaçant Valjean comme M. Fauchelevant. Ici se démontre sa renommée d’agent hardi, d’un « empereur des diables », qui provoque le respect de tous ceux qui connaissent son nom. Comme dernier exemple, on peut mentionner sa position sur la barricade, où, sur ordre du commissariat, il se joint audacieusement aux révoltés. Son identité révélée, il s’attend à la mort avec « la résignation d’un martyr et la majesté d’un juge »[20]. Il ne demande grâce ni tente de résister ou de cacher sa mission, il garde sa « sérénité intrépide de l’homme qui n’a jamais menti »[21].

Nonobstant cette résignation, Javert reçoit sur la barricade la plus grande leçon de sa vie. Le forçat Valjean, qu’il a méprisé et chassé pendant des années, le libère et lui sauve la vie. Javert, avec sa perception du monde en noir et blanc, est consterné : ce malfaiteur a pourtant droit de se venger. Au lieu de cela l’inspecteur de police lui doit la vie. Pour la première fois, Javert perd sa fermeté et commence à douter. Entre temps, il rencontre Valjean de nouveau en train d’enlever Marius blessé de la barricade et il l’arrête. Mais sa façon de traiter ce criminel n’est plus aussi résolue qu’autrefois. Il aide Valjean à transporter Marius, il lui accorde la dernière visite à Cosette, il cesse même de le tutoyer ! Son changement finit par libérer Valjean et sa confusion intérieure s’aggrave. Tout à coup, sa conscience se dédouble et ses points d’appui s’écroulent. Quel délit a-t-il commis ? Il vient de délivrer un criminel qui appartient à la justice, il vient de « trahir la société pour rester fidèle à sa conscience » [22]. Est-il possible que la justice ait tort ? Un forçat, peut-il se redresser ? S’il en est ainsi, lui, l’agent de la loi fidèle, a passé sa vie à servir l’illusion. « L’autorité était morte en lui. Il n’avait plus la raison d’être. »[23]. Cette constatation terrible mène donc Javert jusqu’au bord de la Seine, dans les flots de laquelle il noie tous ses doutes.

André Maurois, dans son livre sur la vie de Victor Hugo, affirme que Hugo estima son inspecteur, il est vrai avec aversion, mais sincèrement.[24] Pourtant, considérant le caractère de Javert en détail, on peut se poser la question de savoir si l’aversion est justement ce que cet homme mérite. Considérant sa vie dure, ses raisons et sa fin tragique, n’est-il pas plutôt digne de pitié ?

 

 

6.   Valjean contre Javert

 

L’histoire de Jean Valjean et de Javert, c’est le contraste du forçat et de l’inspecteur de police. Néanmoins, leur liaison est un peu plus compliquée qu’il n’y paraît. Dans les chapitres précédents on peut apercevoir que les destinées de ces personnages s’influencent considérablement et si on plonge dans une analyse de leurs caractères, on peut y trouver des analogies et des divergences intéressantes. Nous essayerons donc d’examiner plus en détail les rapports entre ces deux hommes dans certains domaines.

 

6.1   Histoire de vie

 

Si on veut comparer Jean Valjean et Javert, il faut certainement commencer par l’histoire de leur vie. Bien que leurs caractères puissent paraître complètement différents, certaines expériences, qui ont influencé leur vie, partagent des traits communs. Il faut aussi souligner que les deux personnages ont été formés par la même société dure, qui a laissé quelques traces sur leur âme.

La vie de Javert porte, ainsi que celle de Valjean, l’empreinte de la prison. Toutefois, il en est encore moins coupable que son rival. Javert est né dans la geôle, il hérite donc des crimes de ses parents et son origine jette le discrédit sur son existence. Quant à Valjean, la fortune lui accorde aussi la vie dure à cause de sa pauvreté, qui le mène jusqu’aux galères. Les expériences rudes du milieu criminel ne cessent de les hanter tous les deux pendant le reste de leur vie ; ils ne peuvent pas se débarrasser de leur passé et de la marque du déshonneur. La prison les marque même d’une autre façon – elle les prive de sentiments positifs. Au lieu de cela, Valjean s’arme d’une haine aveugle envers toute la société et d’esprit de vengeance. Javert cherche à faire face à son passé en se rangeant sous la bannière de la justice – ce qui signifie, dans son cas, l’obéissance aveugle à la loi sans aucune trace d’humanité.

La rupture principale de leurs caractères commence exactement par ces sentiments. Alors que l’aveuglement de Valjean disparaît grâce à la bonté de M. Myriel, qui lui fait voir la face humaine de la société, Javert n’a pas une pareille chance. Ce fait a donc une forte influence sur leur rapport au monde et sur leurs valeurs. Tous deux veulent compenser leurs fautes (ou les fautes de leurs parents) et cherchent le sens de leur existence dans le service à  rendre à la société. En même temps, ils respectent une certaine autorité supérieure - pour Valjean, c’est Dieu, pour Javert - la loi. Or à cause de sa cécité, Javert ne se rend pas compte que les principes qu’il honore sont injustes et peu objectifs.

Toutefois, Javert finit par comprendre ses bévues. Son histoire est semblable à celle de Valjean et de l’évêque - il est tiré de son erreur par un acte de générosité, mais cette fois le bienfaiteur est Valjean lui-même. Ayant été délivré de la captivité par son adversaire mortel, l’échelle des valeurs de Javert est bouleversée. Comme Valjean dix-sept ans plus tôt, Javert tout d’abord ne comprend point un tel geste. Pourtant il commence à comprendre pas à pas ; son âme est déconcertée et il reconsidère ses attitudes, invariables jusqu’à présent. Si l’éveil était venu plus tôt, il aurait pu peut-être changer cet homme de pierre ; à ce moment-là, il est trop tard. Javert n’est pas capable de s’acquitter de ses erreurs et il choisit la mort.

On peut se rendre compte que la mort de Javert, ainsi que celle de Valjean, est le résultat d’une certaine perte. Pour Javert c’est la perte des sécurités, pour Valjean la perte de la personne aimée. Pour tous deux il s’agit d’une sorte de sacrifice que les autres ne peuvent pas comprendre – c’est le résultat d’une lutte compliquée dans leur for intérieur et la victoire de la conscience. Cependant, comme dans leur vie, il y a un contraste même dans leur fin : tandis que Javert meurt dans l’obscurité de la nuit, perplexe, en se jetant dans les eaux obscures du fleuve, Valjean décède heureux, dans la compagnie de ses enfants bien-aimés et dans la lumière de ses chandeliers d’argent, la face tournée vers le ciel. Cette opposition entre la profondeur du fleuve et les hauteurs célestes évoquent le contraste de l’enfer et du paradis, d’une âme perdue et d’une âme sauvée.

 

6.2   Rôle de la société

 

Valjean et Javert se trouvent à deux extrémités complètement opposées de l’échelle sociale – l’un représente un perturbateur de la loi, l’autre est son gardien. Pourtant aux yeux de la société, ils sont tous les deux des parias. L’agent de la police ainsi que le criminel suscite la défiance et sa présence met les gens aux aguets – l’autorité est de temps en temps encore plus importune et plus dangereuse que la vilenie. Un des faits que Hugo critique à travers son roman est que la société ne juge pas les hommes d’après leur caractère, mais qu’elle leur attribue des étiquettes généralisantes, dont ils ne peuvent pas se débarrasser. Cela est vrai pour Javert et encore plus pour Valjean.

La vie entière de Valjean, c’est le combat avec la société pour y obtenir une place. A sa naissance, il est un homme honnête, mais pauvre. Bien qu’il travaille de toutes ses forces, il ne réussit pas à changer sa situation. Il souffre alors avec une résignation sombre, jusqu’au moment où il commet une faute fatale et qu’il est déraciné de la société « normale ». Il cesse d’être un homme : il devient un numéro. Au bagne, il passe beaucoup de temps à réfléchir. Il se juge lui-même ainsi qu’il juge la société et il reconnait son crime, mais trouve la punition inadéquate. Il a volé un pain, la société lui a volé dix-huit ans de vie. Il l’inculpe donc pour son traitement et « la condamne à la haine ». Il constate que « la vie est une guerre ; et que dans cette guerre il est le vaincu. Il n’a d’autre arme que sa haine. »[25].

Quittant les galères, Valjean garde le petit espoir d’un nouveau commencement. Cependant la collision avec la réalité le réveille de cette illusion et il comprend que à cause de son passeport jaune d’ancien forçat, il est exclu de la société à jamais. « On sort du bagne, mais non de la condamnation. »[26]. Sa situation est sans issue, il ne peut que se résigner de nouveau et accepter le destin d’un forçat.

Toutefois, le traitement de la part de M. Myriel lui rend des forces pour pouvoir changer sa vie. A partir de ce moment-là, l’histoire de Valjean est une série d’ascensions et de chutes. Il se défait du passeport jaune et de son identité ; pourtant il ne peut pas se défaire du passé. Sous le nom de M. Madeleine, il acquiert de la considération, du respect et de la popularité et il est heureux pendant quelques années ; puis ses antécédents le rattrapent et « en moins de deux heures tout le bien qu’il avait fait fut oublié, et ce ne fut plus « qu’un galérien ». »[27] Cette fois, cependant, Valjean ne perd pas courage et choisit une attitude plus active. Il se dégage de la boue du bagne et commence une nouvelle vie à côté de Cosette, une vie calme et simple. A part quelques rencontres avec Javert, la société le laisse tranquille – il évite de se faire remarquer. Mais son bonheur ne peut pas être éternel – il le sacrifie pour celui de Cosette. Dans cette situation, l’opinion de la société se reflète dans le comportement de Marius – à travers lui se manifestent tous ses préjugés et ses dogmes. Aux yeux de Marius, Valjean redevient « le forçat ; c’est à dire, l’être qui, dans l’échelle sociale, n’a même pas de place, étant au-dessous du dernier échelon. »[28]. Cette dernière chute est le coup final pour Valjean. Il se résigne à sa position et l’accepte comme la punition finale de ses fautes – il meurt alors comme un forçat, pourtant un homme honnête.

Par rapport à l’histoire de Valjean, celle de Javert est beaucoup plus simple. Sa place dans le monde lui est, pareillement, attribuée à la naissance. Fils de deux scélérats, il passe son enfance entre pécheurs et criminels et désespère de rentrer un jour dans la société « normale ». Il n’a donc qu’un choix limité dans sa condition sans issue – devenir un violateur de la loi ou son protecteur. « Il remarqua que la société maintient irrémissiblement en dehors d’elle deux classes d’hommes, ceux qui l’attaquent et ceux qui la gardent »[29]. Il est naturel que Javert ressente de la haine envers la classe sociale qui l’a privé d’avoir de l’espoir d’une vie tranquille. Son aspiration la plus forte est de prouver que, malgré son origine, il est digne de la reconnaissance de la société. De plus, il y a dans son for intérieur rigidité, régularité et probité - des qualités qui le prédéterminent pouur le rôle de gardien de la loi. Alors, il se met au service de la police et sa fonction lui apporte le respect de la société. Néanmoins, il reste un homme peu populaire, car son pouvoir policier ainsi que ses attitudes fermes font de lui un individu sinistre. Cela ne veut pas dire qu’il abuse du pouvoir, qui lui est attribué par sa fonction : il agit seulement en respectant strictement certains principes.

D’après ces principes, Javert ne distingue que deux groupes de gens : les braves hommes, qui doivent être protégés et les criminels, qui sont damnés à toujours. L’autre élément essentiel dans son attitude envers la société, est la hiérarchie sociale qu’il considère comme intouchable. Il distingue les hommes qu’il doit respecter et les hommes qui doivent le respecter – à savoir, l’autorité et les hommes ordinaires. Grâce à sa sévérité, Javert passe pour un excellent agent, jusqu’au moment où il exprime pour une fois son opinion personnelle – à travers une lettre écrite avant son suicide – à ses supérieurs, qui connaissant bien son obédience, constatent que « un écrit laissé par cet homme, d’ailleurs irréprochable et fort estimé de ses chefs, faisait croire à un accès d’aliénation mentale »[30].

Il est curieux que les deux victimes de la société, Valjean et Javert, consacrent leur vie à son service. Ils espèrent ainsi compenser leurs fautes, bien que ce soit plutôt la société qui soit coupable. Seulement, ils ont différentes priorités et se servent de différents moyens. Javert, à cause de sa cécité, se fie à la loi et cherche à protéger la société. Cependant Valjean, grâce à ses expériences, comprend les besoins réels de la société et pour cette raison il sert des êtres particuliers, pas la société comme une notion abstraite. Ces points de vue divergents sont influencés aussi par leur conception de la justice.

 

6.3   Loi et justice

 

Le gouffre le plus profond, qui sépare Valjean et Javert, s’appelle la loi. Dès le moment où ils font connaissance, ils se trouvent sur ses bords opposés et ce fait les rend ennemis : la proie et le chasseur. Au travers de leur rapport à la loi, Hugo analyse la justice de cette époque et montre, paradoxalement, la face humaine du criminel et l’inhumanité du code. Toutefois, il ne considère pas la loi complètement mauvaise, il illustre seulement par les exemples du forçat et de l’agent de police le manque d’objectivité judiciaire, qui leur fait tort à tous deux. Dans le cas de Valjean, cette injure est directe et donc plus apparente que dans le cas de Javert, dont la vie est ruinée par la loi indirectement.

On pourrait objecter que Javert ne doit sa position respectable qu’à la loi. En réalité, cette conclusion serait un peu simpliste. D’une part la justice lui accorde vraiment son statut honorable, d’autre part, d’être né en prison lui a appris à estimer ses règles sans se douter de leur validité généralisante. Elle ne lui montre point une dimension humaine, mais seulement grave dans son cœur deux attitudes essentielles : « le respect de l’autorité » et  « la haine de la rébellion »[31]. Sans s’en rendre compte, Javert, grâce à l’éducation qu’il obtient, devient une sorte d’esclave de la loi et lui consacre sa vie. C’est pour cette raison qu’il poursuit ses victimes comme un dogue et considère leurs actions avec un cœur de pierre. C’est donc avant tout la justice qui est coupable d’avoir créé cet inspecteur inhumain.

Quant à Valjean, nous avons déjà démontré le tort que lui cause la société, et la justice y joue un rôle considérable. Cet homme a péché pour pouvoir nourrir sa famille, et la justice le prive de l’honneur, de la liberté, même de ses proches. Après avoir quitté les galères, il ne cesse d’être un individu répréhensible sans aucun droit – la loi ne lui rend pas possible le retour à la vie normale. Elle ignore même son changement et ses efforts - aux yeux de la justice, il est toujours un récidiviste incorrigible. Il ne lui reste donc qu’à simuler la mort pour pouvoir commencer une nouvelle vie honnête. Toutefois, il ne réussit pas à circonvenir Javert qui, dès ce moment-là, devient la personnification sinistre de la loi dans la vie de Valjean. La cause en est que Javert seul prête attention à la « résurrection » de ce criminel et qu’il considère comme son devoir de l’arrêter. Il peut donc paraître que le suicide de l’inspecteur résout tous les problèmes de Valjean. Oui, apparemment. Mais en réalité, l’acte de Javert ne lui rend pas ses droits et Valjean le sait. Malgré sa vie presque sainte, devant la justice, il reste le bas-fond de la société et un forçat en rupture de ban jusqu’à sa mort.

Néanmoins, il faut souligner que Valjean, ainsi que Javert, respecte la loi et cherche à éradiquer le crime. La différence est que, comme il connaît par expérience les imperfections de la justice sociale, il met sa confiance en la justice naturelle. Alors que Javert juge chaque homme et ses faits du point de vue du code, sans se questionner sur les motifs, Valjean considère avant tout les motivations individuelles. Il présente l’idée qu’aider les gens dans leur misère est souvent moins pénible et plus efficace que les punir après que le crime est commis. « Il cherche à fournir aux gens un moyen de gagner une vie honnête, leur donnant ainsi l’occasion d’être indépendants et de faire ce qu’ils peuvent de leurs vies sans devoir recourir au vol ou la violence pour alimenter leurs familles. »[32]. Pour cette raison, tandis que Javert cherche à prévenir du crime, Valjean cherche à prévenir les gens de devenir criminels.

 

6.4   Foi

 

Bien que leurs opinions sur la vie soient partagées, il y a une valeur qui est aussi importante pour Valjean que pour Javert - la foi. Cherchant le droit chemin, ils s’attachent tous les deux à certains principes qui représentent pour eux un phare dans les moments compliqués. Pour Valjean, c’est la croyance en Dieu, pour Javert c’est la confiance en supériorité de la loi. Cela ne veut pas dire que Javert démente la religion. Au contraire, il la considère comme une des sources essentielles de l’ordre ; l’autorité ecclésiastique a pour lui une dignité indiscutable : « A ses yeux un prêtre était un esprit qui ne se trompe pas, une religieuse était une créature qui ne pèche pas. »[33]. Néanmoins, le fait qu’il estime l’église ne veut dire qu’il a une croyance religieuse. Au contraire, la loi domine sa vie à tel point qu’il n’a probablement jamais réfléchi sur l’existence d’une autorité divine. « Il avait un supérieur, M. Gisquet ; il n’avait guère songé jusqu’à ce jour à cet autre supérieur, Dieu. »[34].

            Cependant c’est une des propriétés de la nature de Javert, qui exige une fidélité totale à quelque principe ou autorité suprême. Il les trouve dans la loi. Sa croyance est ferme et absolue, comme tout dans sa vie. Il est persuadé que la justice n’a jamais tort, que le code est infaillible et équitable. C’est exactement sa conviction en cette infaillibilité qui constitue le dogme principal de sa vie. « Il avait la conscience de son utilité, religion de ses fonctions, et il était espion comme on est prêtre »[35]. Son plus grand malheur est qu’il trouve l’assurance justement dans une loi fondée par des hommes faillibles. Il se fie à ses règles au lieu de se fier à ses propres jugements, et sa foi en la supériorité de la loi l’aide à prendre des décisions rapides et des conclusions fermes. « Malheureusement c’est un homme qui permet à sa foi en ses principes de l’écraser. Il n’y a aucune place pour le doute, la pensée, ou la compréhension dans son monde. »[36]. On peut donc bien comprendre sa perplexité depuis l’événement sur la barricade, où un homme réprouvé par la justice agit contrairement à la conviction de Javert. C’est la première fois que Javert ne peut pas s’appuyer sur la loi, mais qu’il doit employer son opinion personnelle. « Une de ses anxiétés, c’était d’être contraint de penser. [...] Il y a toujours dans la pensée une certaine quantité de rébellion intérieure ; et il s’irritait d’avoir cela en lui. »[37]. La constatation qu’il n’existe pas dans le monde des règles absolues lui est insupportable - il ne sait pas vivre avec une pareille connaissance. Avec la perte de sa foi, il perd tout. Sa mort n’est donc que sa dernière résolution absolue.

            En contraste avec Javert, Valjean ne met pas sa confiance dans les principes humains mais dans les principes divins. Sa croyance est inspirée par l’acte de compassion de M. Myriel, et l’exemple de ce serviteur de Dieu accompagne Valjean pour le reste de sa vie. Au travers de la charité de l’évêque, il se rend compte de la bonté et de la justice divine, dans lesquelles il trouve plus d’espérance que dans la société et dans la justice terrestre. Abandonnant tout espoir d’obtenir le pardon de la société, Valjean aspire à obtenir au moins l’absolution divine. Il consacre donc sa vie à Dieu, mais sa croyance n’a pas un caractère religieux, mais plutôt un caractère humaniste. Bien qu’il mène une vie modeste, presque ascétique, et fréquente la messe, ce qui est le plus important dans sa vie, c’est le commandement d’amour envers ses prochains. La raison en est qu’à la différence de Javert, il comprend que « la foi excessive en les principes prétendus de Dieu et de l’église peut mener à l’abus et des erreurs de justice. »[38]. En comparaison de l’obsession de l’inspecteur, la foi de Valjean n’est donc ni si résolue, ni si aveugle. Elle ne l’aide pas à se débarrasser de tous ses doutes, puisque ses expériences lui ont appris à toujours se questionner. Toutefois, avant de prendre une résolution essentielle, il considère toujours l’aspect divin et il consulte sa conscience. Dans sa destinée dure, de temps en temps il perd l’espoir, mais jamais la foi. C’est aussi sa conviction qui l’empêche de songer, même dans les moments les plus difficiles, à la résolution définitive de Javert – le suicide.

 

            6.5   Sentiments et qualités

 

Les sentiments et les qualités humaines sont un aspect, sur lequel les réflexions de Javert et de Valjean diffèrent catégoriquement. Les plus hautes vertus de Javert apparaissent comme de l’insensibilité du point de vue de Valjean, tandis que les sentiments les plus importants dans la vie de Valjean sont considérés comme faiblesse selon les critères de Javert. Ces attitudes ne sont pas seulement le résultat de leur nature, mais aussi des impacts de leurs environnements sur leur caractère. Bien sûr, leurs priorités se manifestent assez sensiblement même dans leurs actions.

Il ne faut pas oublier qu’à la différence de Valjean, l’enfance de Javert était assez atypique. Même si pauvre, Valjean avait une famille pour laquelle il avait un certain attachement. Peut-être celui-ci n’était-il pas si fort que dans les familles heureuses, néanmoins c’était pour sa famille qu’il ait commis un crime et c’étaient vers ses proches que s’étaient dirigées ses dernières pensées avant d’être envoyé aux galères. « Puis, tout en sanglotant, il élevait sa main droite et l’abaissait graduellement sept fois comme s’il touchait successivement sept têtes inégales »[39]. Ce qui n’était pas le cas de Javert. Au lieu d’un milieu familial, il ne connaît dès sa naissance que la rigidité des gardiens, la honte envers ses parents et la haine du désordre. Il n’a donc pas dans son cœur un fond duquel des sentiments généreux peuvent germer.

Pendant ses années de bagne, un trou nait à l’intérieur de Valjean, comparable au vide de l’âme de Javert. Pendant un certain temps tous deux éprouvent la même sorte de haine semée dans leur cœur par le milieu impitoyable. Mais ensuite « l’exemple de l’Évêque a rallumé une flamme d’humanité qui avait presque été éteinte »[40] et la haine de Valjean est remplacée par la compréhension, l’amour et la tolérance. Ce sont des valeurs qui, désormais, caractérisent sa vie. Elles se démontrent au travers de ses bienfaits, de ses sacrifices, de son attitude envers les gens. Son amour est de l’esprit presque divin - son intention est d’aimer tous ses semblables, de les aider et de ne faire de tort à personne. Son humanité se montre même sur la barricade, où il prend part à la lutte héroïque des insurgés, cependant il ne tire pas un seul coup contre un être humain. Il protège la barricade, il s’occupe des blessés, « mais rien qui pût ressembler à un coup, à une attaque ou même à une défense personnelle, ne sortit de ses mains »[41]. Mais sa conviction est probablement la plus frappante dans son comportement envers Javert quand, au lieu de se défaire de son ennemi, il lui garantit la vie.

L’attitude de l’inspecteur est exactement contraire à celle de Valjean. A son avis « c’est bien facile d’être bon, le malaisé, c’est être juste»[42]. L’idée que quelques sentiments pourraient être une excuse à un crime et donc être plus dignes que la loi, lui est absurde. Pourtant il ignore tous les sentiments qui pourraient influencer l’exécution de ses devoirs. Comme il n’emploie jamais son opinion personnelle, il n’est pas difficile pour lui de le faire. Il est fier de son exactitude et ne se rend pas compte que ses jugements en accord avec la loi pourraient même faire mal à un être qui ne le mérite point.

L’exemple le plus marquant de la distance entre la tolérance de Valjean et la rigueur de Javert, est leur traitement de Fantine au moment où Valjean est encore le maire de Montreuil-sur-Mer et Javert, inspecteur. L’incident de Fantine avec un bourgeois et son apparence de prostituée font que Javert la juge comme tous les autres criminels, sans comprendre ce que son verdict peut causer à cette femme. Bien que Fantine croie trouver chez lui une pointe de pitié, elle ne réussit pas. D’un autre côté Valjean ou bien M. Madeleine, qu’elle insulte en lui crachant au visage, l’absout car il se sent responsable de son malheur. On l’a pourtant expulsée de sa fabrique, même si il ne l’a pas su, mais il est résolu à la sauver maintenant. Toutefois, c’est pour Javert  une décision dont il n’acceptera jamais la motivation.

Valjean et Javert, tout de même, partagent leur austérité sur un point – dans leur comportement envers eux-mêmes. Tandis que Valjean est gentil avec tout le monde sauf avec lui-même, Javert est sévère envers lui-même comme envers tous autres. Pour Valjean, c’est une sorte de punition de ses péchés du passé. « Il se considère un voleur, indigne de l’affection des autres et passe sa vie à essayer de se racheter - à ses propres yeux. Il estime qu’il a une dette à payer - pas à la société, mais à lui-même, car il a vu ce à quoi la vie peut ressembler sans honneur, dignité et amour, et il décide de prendre au moins une position contre une telle vie, et pour lui et pour les autres. »[43]. Cependant Javert ne connaît pas de tendresse pour les autres ni pour lui. « J’ai souvent été sévère dans ma vie. Pour les autres. C’était juste. Je faisais bien. Maintenant, si je n’étais pas sévère pour moi, tout ce que j’ai fait de juste deviendrait injuste. »[44]. Il applique donc son attitude absolue même envers sa personne.

La destinée de ces deux hommes se ressemble encore en un point – en leur vie émotionnelle. Ni l’un ni l’autre n’ont jamais eu une liaison amoureuse, aucun contact avec une femme, ils n’y ont même pas songé. Leurs devoirs sont plus importants que leur vie personnelle. Quant à Javert, les sentiments ne jouent aucun rôle dans son existence – il les trouve inutiles ainsi que les pensées. Il sacrifie tout à son service, il n’a presque pas de loisir. Son régime, c’est « la vie de privations, l’isolement, l’abnégation, la chasteté, jamais une distraction »[45]. Néanmoins Valjean, outre son amour pour ses semblables, dédie toute son affection à Cosette, qui devient la seule personne aimée de sa vie. De plus, elle lui redonne des forces dans son existence pénible. « Grâce à elle, il put continuer dans sa vertu. »[46].

M. Myriel et Cosette – ce sont deux hommes qui changent la vie de Valjean. « L’évêque fait lever à son horizon l’aube de la vertu ; Cosette y faisait lever l’aube de l’amour. »[47]. C’est exactement la présence de pareilles personnes qui manque dans la vie de Javert. Celui-ci échange tous ses sentiments pour les vertus d’agent de police et il s’en contente. Aurait-il pourtant fait l’expérience d’un traitement plus humain, la fin de sa vie aurait été moins tragique.

7.   Conclusion

 

Ayant analysé certains aspects de leur vie, nous pouvons nous reposer la question : Valjean et Javert sont-ils des personnages tout à fait contraires ou ont-ils quelque chose en commun ? Grâce aux pages précédentes nous savons déjà bien qu’il n’existe pas une réponse univoque à cette question.

D’une part on peut affirmer qu’il existe certains parallèles dans la vie de ces deux hommes, concernant avant tout leur histoire, leur destinée et leurs intentions. Toutefois ils sont radicalement différents dans leurs attitudes et dans les moyens qu’ils emploient pour atteindre leurs buts. Tandis que Javert résout tout d’une manière absolue et résolue, sans aucun égard, Valjean examine toujours ses décisions avant de les prendre et se questionne surtout sur leur influence sur la vie des autres. Un regard sur leur histoire nous révèle qu’il faut chercher la cause principale de ces divergences dans leurs expériences personnelles et dans l’influence de leur environnement, qui ont formés leur caractère et leurs conceptions de vie. Les choses vécues changent leur façon de voir le monde : tandis que Valjean est plus sensible à ces impulsions extérieures, Javert n’est pas si flexible et demeure presque pendant toute sa vie attaché à ses opinions fermes.

Comme l’indique Stuart Fernie dans ses Réflexions sur Les Misérables[48], nous pouvons voir ces deux personnages comme les symboles de deux époques différentes – Javert pour l’Ancien Régime avec ses règles dogmatiques et le respect absolu des autorités ; et Valjean pour le Siècle des Lumières, qui remet en question tous les dogmes et met l’accent sur l’importance de la raison et de l’humanité.

Notre analyse détaillée de deux personnages importants des Misérables nous  a permis avant tout de nous rendre compte de l’art de Victor Hugo : comprendre l’âme humaine et les problèmes de son époque et en donner témoignage dans une œuvre singulière. Un de ses messages principaux est qu’il ne faut jamais estimer les gens et leurs actions avant de connaitre leurs motivations – et cela ne concerne pas seulement Valjean et les autres victimes de Javert, mais aussi l’inspecteur lui-même.

 

 

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Bibliographie et webographie

 

Bibliographie

 

BIRÉ, Edmond, Victor Hugo après 1830. Tome I, Paris, Libraire académique Dider, 1891.

BIRÉ, Edmond, Victor Hugo après 1830. Tome II, Paris, Librarie académique Dider, 1891.

DECAUX, Alain, Victor Hugo, Paris, Libraire Académique Perrin, 1984.

HUGO, Victor, Les Misérables. Tome I, [Paris], Le livre de poche, 1998.

HUGO, Victor. Les Misérables. Tome II, [Paris], Le livre de poche, 1998.

MAUROIS, André, Olympio alebo život Victora Huga, Trans. Miroslava Bártová, [Bratislava], Tatran, 1985.

 

Webographie

 

FERNIE, Stuart, Reflections on Victor Hugo’s “Les Misérables", 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/>.

FERNIE, Stuart, Réflexions sur « Les Misérables » de Victor Hugo, 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/misfrench.htm>.


 

[1] DECAUX, Alain, Victor Hugo, Paris, Libraire Académique Perrin, 1984, p. 322.

[2] Decaux, ibid., p. 893

[3] Decaux, ibid., p. 654

[4] Hugo, Victor, Les Misérables, [Paris], Le livre de poche, 1998, p. 136.

[5] Hugo, ibid., p. 120

[6]Hugo, ibid., p. 160

[7] Hugo, ibid., p. 166

[8] Hugo, ibid., p. 329

[9] Hugo, ibid., p. 329

[10] Hugo, ibid., p. 1210

[11]Hugo, ibid., p. 1863 

[12] Hugo, ibid., p. 1864

[13] Hugo, ibid., p. 1865

[14] Hugo, ibid., p. 1850

[15] Hugo, ibid., p. 1865

[16] Hugo, ibid., p. 253

[17] Hugo, ibid., p. 254

[18] Hugo, ibid., p. 299

[19] Hugo, ibid., p. 280

[20] Hugo, ibid., p. 1532

[21] Hugo, ibid., p. 1496

[22] Hugo, ibid., p. 1763

[23] Hugo, ibid., p. 1768

[24] Maurois, André, Olympio alebo život Victora Huga, Bratislava, Tatran, 1985, p. 369.

[25] Hugo, ibid., p. 138

[26] Hugo, ibid., p. 148

[27] Hugo, ibid., p. 417

[28] Hugo, ibid., p. 1881 - 1882

[29] Hugo, ibid., p. 253

[30] Hugo, ibid., p. 1800

[31] Hugo, ibid., p. 253

[32] FERNIE, Stuart, Réflexions sur « Les Misérables » de Victor Hugo, 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/misfrench.htm>.

[33] Hugo, ibid., p. 422

[34] Hugo, ibid., p. 1767

[35] Hugo, ibid., p. 254

[36] Fernie, ibid.

[37] Hugo, ibid., p. 1763

[38] Fernie, ibid.

[39] Hugo, ibid., p. 133

[40] Fernie, ibid.

[41] Hugo, ibid., p. 1676

[42] Hugo, ibid., p. 306

[43] Fernie, ibid.

[44] Hugo, ibid., p. 306

[45] Hugo, ibid., p. 254

[46] Hugo, ibid., p. 611

[47] Hugo, ibid., p. 607

[48] FERNIE, Stuart, Reflections on Victor Hugo’s “Les Misérables", 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/>.

 

 

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