Paralleles et oppositions entre Valjean et Javert

 

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Parall�les et oppositions entre Jean Valjean et Javert dans Les Mis�rables

 

de

 

Katar�na Min�rikov�

 

 

 


 

Table de mati�res

 

1.   Introduction 

2.   Victor Hugo et ses opinions humanistes 

3.   Histoire des Mis�rables 

4.   Jean Valjean � for�at qui ob�it � sa conscience 

5.   Javert � agent de la justice infaillible

6.   Valjean contre Javert

            6.1   Histoire de vie

            6.2   R�le de la soci�t�

            6.3   Loi et justice

            6.4   Foi

            6.5   Sentiments et qualit�s

7.   Conclusion

Bibliographie et webographie

 


 

1 .   Introduction

 

Le 19e si�cle, en France, �tait une �poque orageuse, ce qui s�est refl�t� m�me dans la litt�rature de ce temps-l�. L�esprit r�volutionnaire a partiellement contribu� � la lib�ration des r�gles litt�raires et il a apport� des nouveaux th�mes et personnages � entre autres des th�mes sociaux et des h�ros du peuple. Le nouveau mouvement du romantisme a donn� naissance � plus d�un bijou litt�raire en ce qui concerne la po�sie, le th��tre ainsi que la prose. Mais aucune �uvre litt�raire de cette �poque n�a gard� une aussi grande popularit� jusqu�� nos jours que le chef-d��uvre de Victor Hugo � son roman Les Mis�rables.

Hugo est � juste titre consid�r� comme un des plus grands �crivains fran�ais et, en �crivant Les Mis�rables, il y a mis toute sa virtuosit� et tout son c�ur. Ainsi il a cr�e une histoire qui nous r�v�le les conditions sociales et politiques de la France dans la premi�re moiti� du 19e si�cle. De plus, il y a d�peint un enchev�trement de personnages complexes dont les histoires inspirent au lecteur des �motions � on ne peut pas ne pas �tre �mu par les sacrifices de Valjean, vex� par la rigidit� de Javert ou touch� par la mort du petit Gavroche. Surtout le personnage principal � Jean Valjean � �voque des sentiments de sympathie et de compassion et nous fait juger la soci�t� et ses normes. C�est peut-�tre la source principal de la popularit� des Mis�rables d�aujourd�hui - ils nous offrent une palette de personnages et captivent notre attention par leurs caract�res, leur mentalit� et leurs actions.

Pour cette raison, l�objectif principal de notre m�moire est d�analyser deux personnages des Mis�rables qui sont souvent consid�r�s comme oppos�s � Jean Valjean et l�inspecteur Javert. Ces deux hommes sont des adversaires pendant presque toute leur vie et leurs caract�res semblent �tre tout � fait contraires. Pourtant, on peut trouver dans leurs histoires des traits communs ou au moins semblables. Bien que notre connaissance de l�histoire de Javert ne soit pas aussi d�taill�e que celle de Valjean, il peut �tre int�ressant de les comparer ainsi que leurs opinions concernant certains sujets et leurs actions. Au travers de cette comparaison nous pourrons d�montrer si Valjean et Javert ne sont pas qu�antagonistes ou s�ils ont vraiment quelque chose en commun.

 
 

2.   Victor Hugo et ses opinions humanistes

 

M�me si dans le romantisme litt�raire fran�ais figurent beaucoup d��crivains �minents, aucun d�eux n�a une r�putation si brillante que Victor Hugo. Ce grand homme de lettres, consid�r� comme une des plus importantes personnalit�s fran�aises, a contribu� au d�veloppement de tous les genres litt�raires. Mais ce qui est le plus important pour notre travail, c�est sa contribution romanesque.

Victor Hugo est n� en 1802, donc entre la R�volution de 1789 et l�empire napol�onien ; cependant il fut �lev� dans un esprit royaliste. Seulement plus tard, ses opinions penchent vers la d�mocratie et Hugo devient un combattant pour l�humanisme et pour les droits du peuple. On peut appr�cier sa conviction non seulement dans son �uvre mais aussi dans sa vie r�elle. Il fait valoir ses opinions d�mocratiques et r�formistes m�me comme homme politique, membre de l�Acad�mie fran�aise et, plus tard, comme pair de France. Apr�s la r�volution de 1848, il est �lu d�put� gr�ce � son attitude d�mocratique. Apr�s le coup d��tat, sa sympathie pour Louis-Napol�on Bonaparte se transforme en r�sistance : Hugo critique ouvertement la politique de l�empereur et est donc forc� de s�exiler. En signe de protestation contre les pratiques antid�mocratiques quelques ann�es plus tard, il refuse l�amnistie et choisit l�exil volontaire jusqu�� la fin du r�gne de Napol�on III. C�est pendant cet exil qu�une grande partie des �uvres les plus marquantes de Hugo est compos�e, dont m�me le roman Les Mis�rables.

Les activit�s humanistes de Hugo, ce n�est pas seulement la haute politique fran�aise car ce sont surtout les couches sociales les plus basses qui sont importantes � ses yeux. Hugo professe la philosophie que c�est la pauvret� qui, souvent, pousse des hommes � commettre un crime et que, pour cette raison, il n�est pas juste de les condamner. C�est pourquoi il s�oppose fortement � la peine de mort et r�clame son abolition. Il est indign� par le traitement des hommes pauvres, surtout ceux accus�s de quelque crime et souvent il intervient pour les aider. Il cherche m�me � attirer l�attention du public vis-�-vis de ce probl�me et d�die � cette intention plusieurs de ses �uvres romanesques.

Dans ses romans, Hugo soul�ve fr�quemment des probl�mes sociaux � l�hypocrisie et l�injustice de la soci�t� ainsi que la mis�re de quelques couches sociales. Toutefois ce n�est pas seulement la vie dure des pauvres et l�ignorance des riches que Hugo critique, c�est aussi le syst�me judiciaire fran�ais, ses imperfections et ses injustices. Parmi ses �uvres socialement orient�es, ce sont justement Les Mis�rables qui ont �veill� la plus grande attention et provoqu� la discussion. On peut attribuer ce succ�s � la virtuosit� de Hugo qui a r�ussi � cr�er une histoire �mouvante et convaincante. Pourtant, ce n�est pas la premi�re �uvre dans laquelle il traite un th�me judiciaire.

D�s son enfance, Hugo �prouve de la piti� pour des condamn�s � mort et de la haine pour la guillotine. Il trouve la peine capitale insupportable et ne comprend pas pourquoi � la soci�t� f�t au coupable, et de sang-froid, et sans danger, pr�cis�ment la m�me chose dont elle le punissait �[1]. Ces sentiments l�inspirent � �crire son premier roman � engag� � - Le dernier jour d�un condamn�. Paru en 1829, le roman repr�sente le journal d�un condamn� � on ne conna�t pas son nom ni la raison pr�cise de sa punition � Hugo se concentre surtout sur la description des sentiments et des id�es de ce pauvre homme avant sa mort forc�e. Il y souligne m�me l�impact de cette peine sur d�autres �tres innocents comme la m�re, la femme et avant tout la fille du condamn�. En �crivant son roman, Hugo ramasse des mat�riaux et les �tudie � il examine les conditions au bagne de Toulon, il visite la prison de Bic�tre pour observer les prisonniers et les for�ats � c�est l� qu�il fait la connaissance d�un homme qui sera l�inspiration pour son �uvre suivante. Cinq ans plus tard, Hugo publie un bref roman, Claude Gueux, qui raconte l�histoire vraie de cet homme emprisonn� pour le vol d�un pain et pouss�, en raison des traitements violents qu�on lui inflige en prison, � assassiner le directeur. A travers Claude Gueux, Hugo accuse la pauvret� et l�injustice sociale comme responsables de nombreux crimes.

Mais ces deux histoires pleines de reproches ne lui suffisent pas. Hugo r�ve de composer une �uvre beaucoup plus grande � une �pop�e sur les mis�res s�vissant dans la soci�t�. Ainsi les deux romans de la prison ne deviennent qu�une pr�face � l�histoire grave et �mouvante de Jean Valjean - Les Mis�rables.


 

3.   Histoire des Mis�rables

 

La publication des Mis�rables a �t� un �v�nement singulier � son �poque. Le roman longuement attendu a divis� la soci�t� fran�aise en deux camps � les uns l�ont glorifi� tandis que les autres l�ont r�prouv�. La raison �tait qu�il ne s�agissait pas d�une histoire romantique ordinaire � Hugo y incorporait des �l�ments du roman social, du roman psychologique ainsi que des d�tails r�alistes.

Le projet originel de Hugo �tait d��crire un livre des Mis�res et d�y d�tailler le th�me d�j� propos� dans Le dernier jour d�un condamn� et dans Claude Gueux. Il s�est mis � �crire en 1845, et l�histoire devait avoir quatre parties � histoires d�un saint, d�un homme, d�une femme et d�une poup�e. En 1848, l��uvre �tait presque pr�te � �tre publi�e. Mais les projets de Hugo sont rompus par la r�volution. Les changements politiques, le coup d��tat et l�opposition contre Napol�on III. � tout cela d�tourne l�esprit de Hugo de son roman social. Il ne le reprend que douze ans plus tard, en 1860, pendant son exil � Guernesey. D�sormais il est totalement absorb� par l��criture. Il profite souvent de ses propres exp�riences ou bien de ses notes sur personnes et �v�nements r�els. L�histoire originelle est maintenant r��crite sous l�influence du changement de ses opinions politiques. En 1861 l��uvre est finalement termin�e et Hugo est persuad� de son succ�s: � Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal de mon �uvre. �[2]

Et il ne se trompe point. Le roman fait grand bruit non seulement en France mais aussi dans les autres pays d�Europe. Il raconte l�histoire �mouvante de Jean Valjean � un homme condamn� aux gal�res pour avoir vol� un pain. Apr�s dix-neuf ans de travaux forc�s, il est lib�r� sous condition, mais avec ses papiers d�ancien for�at il est chass� de partout. Il trouve un abri chez un �v�que, M. Myriel, qui le traite avec bienveillance ; or le matin suivant Valjean vole son argenterie et s��chappe. Saisi par des gendarmes, l��v�que le sauve de l�emprisonnement et cet acte de g�n�rosit� inattendu change la vie de Valjean. Il renonce � ses ant�c�dents de gal�rien et devient M. Madeleine � un homme honorable. Quelques ann�es plus tard, Madeleine, alors un maire respect�, sauve une pauvre femme, Fantine, de la peine de prison. Cette fille-m�re doit se prostituer pour pouvoir payer la nourriture de sa petite fille Cosette. En m�me temps Madeleine apprend qu�un ancien for�at, Jean Valjean, va �tre jug� et condamn� aux gal�res � perp�tuit�. Pour sauver un homme innocent, le Valjean r�el se livre et est arr�t� par un inspecteur impitoyable, Javert. Entre temps Fantine meurt. Valjean s�enfuit des gal�res et va chercher Cosette. Il la d�livre du service des aubergistes cruels � les Th�nardier � et l�emm�ne � Paris. Javert, alors inspecteur � Paris, identifie Valjean et veut l�arr�ter. Valjean et Cosette lui �chappent en trouvant refuge dans un couvent o� Valjean devient jardinier et Cosette, pensionnaire.

Apr�s cinq ans, Valjean et Cosette quittent le couvent et s�installent de nouveau � Paris sous le nom de Fauchelevant. Par hasard ils rencontrent les Th�nardier, maintenant une famille pauvre de criminels, qui emprisonnent Valjean dans leur galetas, et Javert, qui vient les arr�ter. Valjean r�ussit � s��vader sans �tre reconnu par l�inspecteur. Cependant Cosette rencontre Marius, un jeune r�publicain, et ils tombent amoureux.  Quand Valjean, hant� par les fant�mes de Javert et des Th�nardier, se d�termine � partir avec Cosette pour l�Angleterre, Marius, d�sesp�r�, prend part � l�insurrection des �tudiants. Il envoie � Cosette une lettre d�adieu, qui fait d�couvrir � Valjean l�amour des deux jeunes gens. Valjean se pr�sente � la barricade et il y joue le r�le du sauveur � tout d�abord il d�livre Javert, captur� pour espionnage et puis il enl�ve Marius, gravement bless� lors de la prise de la barricade, chez son grand-p�re. Pendant sa route, Valjean rencontre Javert, qui veut d�abord l�arr�ter, mais il finit par le lib�rer. Javert pourtant ne peut pas supporter sa propre violation � la loi et � ses principes, et se suicide. Apr�s sa gu�rison, sans savoir le nom de son sauveur, Marius �pouse Cosette et tous croient �tre finalement heureux. Mais Valjean ne peut plus dissimuler le secret accablant de son pass� et se confie � Marius. Celui-ci l�incrimine et quand Valjean quitte la maison, il cherche � le s�parer de Cosette. Pendant que Valjean est en train de mourir de douleur, Marius apprend gr�ce � Th�nardier toute la v�rit�, surtout que c��tait lui qui l�avait sauv� sur la barricade. Regrettant son attitude envers Valjean, Marius et Cosette arrivent � temps pour lui dire adieu avant que le vieillard ne meure. C�est ainsi que Valjean obtient son absolution et sa lib�ration finale.

Les Mis�rables ne sont pas un roman ordinaire de la p�riode romantique. Souvent consid�r�e comme � �pop�e du peuple et de la mis�re �, l��uvre comprend des traits du roman social, ainsi que du roman psychologique et du roman r�aliste. Hugo veut souligner surtout les trois probl�mes du si�cle � � la d�gradation de l�homme par le prol�tariat, la d�ch�ance de la femme par la faim, l�atrophie de l�enfant par la nuit �[3].


 

4.   Jean Valjean � for�at qui ob�it � sa conscience

 

La cause de Jean Valjean est un des th�mes des Mis�rables les plus discutables. Un for�at rejet� par la soci�t� devient un homme honorable, mais son existence tranquille est troubl�e par son pass�. Doit-il �tre condamn� pour ses anciennes fautes ? La justice dans cette cause, est-elle vraiment juste ?

Un autre point des d�bats est la gravit� de la punition. Il est souvent object� que la mis�re de Valjean est hyperbolis�e et qu�en r�alit� m�me � cette �poque-l�, on n�aurait pas condamn� un homme aux gal�res pour le vol d�un pain. Aussi invraisemblable que cela paraisse, Hugo s�est inspir� de l�histoire r�elle d�un gal�rien nomm� Pierre Maurin. Celui-ci a �t� condamn� en 1801 � cinq ans de  gal�res pour le vol d�un pain, motiv� par une seule raison � il avait voulu nourrir les sept enfants affam�s de sa s�ur. Apr�s sa lib�ration, Maurin, comme Valjean, frappe � la porte d�un �v�que � Monsignor Miollis, un mod�le r�el pour le personnage de Monseigneur Myriel � qui le sauve de son malheur.

Dans Les Mis�rables, Jean Valjean est un personnage de la plus haute importance � on peut suivre le d�veloppement de son caract�re et de sa psychologie. Sa vie est dure du d�but � la fin, m�me s�il �prouve aussi des moments de joie. Dans son existence p�nible, il faut souligner surtout trois �v�nements qui ont eu une influence consid�rable sur lui et ont chang� sa destin�e. C�est la rencontre avec M. Myriel, l�affaire Champmathieu et la confession � Marius o�, apr�s de lourds combats int�rieurs, Valjean prend de graves d�cisions.

Valjean �tait � l�origine un homme pauvre et malheureux, mais pas mauvais. Ce fut son s�jour de dix-neuf au bagne qui lui a endurci le c�ur : il ��tait entr� au bagne sanglotant et fr�missant ; il en sortit impassible �[4]. Apr�s sa lib�ration, Valjean ne rencontre que m�pris, haine et pr�jug�s ; on le chasse de partout, on lui refuse g�te et couvert. D�sesp�r�, il frappe � la porte qu�on lui a indiqu�, sans savoir qu�il s�agit d�un �v�ch�. Il se h�te d�avouer son identit� et attend d��tre chass� comme toujours, mais M. Myriel, un �v�que, le traite avec compr�hension, compassion et m�me avec consid�ration. � [Dire] Monsieur � un for�at, c�est [donner] un verre d�eau � un naufrag� �[5]. Pourtant, ces quelques moments de gentil traitement ne peuvent pas �teindre dix-neuf ans de peine. Dans la nuit, Valjean se l�ve pour prendre la fuite � il r�siste � l�id�e de tuer l��v�que, mais il emporte l�argenterie, oubliant tous ses sentiments du soir. Quelques heures plus tard, il est pris par les gendarmes et amen� chez M. Myriel. Celui-ci, qui comprend tr�s bien la situation de Valjean, ne tarde pas � le sauver. Il d�clare que l�argenterie �tait un cadeau et lui donne aussi des chandeliers d�argent. Valjean, stup�fait, ne comprend pas une telle bienveillance, mais son c�ur durci n�est pas encore touch� par les mots de l��v�que : � Jean Valjean, mon fr�re, vous n�appartenez plus au mal, mais au bien. C�est votre �me que je vous ach�te; je la retire aux pens�es noires et � l�esprit de perdition et je la donne � Dieu �[6]. En se h�tant hors du village, Valjean est ballot� par divers sentiments � sa haine et sa col�re sont m�l�es � l�humiliation et l�attendrissement. Mais il faut qu�il commette un dernier crime pour que son c�ur fonde � apr�s avoir vol� un petit savoyard, il prend conscience de tout le mal qu�il a accompli et consid�re l�effet de l�acte de M. Myriel. � Alors son c�ur creva et il se mit � pleurer. C��tait la premi�re fois qu�il pleurait depuis dix-neuf ans. �[7]. Ainsi un bonhomme d��v�que r�ussit � convertir une �me presque damn�e, et Valjean se d�barrasse de son pass� et change d�identit� ainsi que sa vie enti�re.

Huit ans plus tard vit � Montreuil-sur-Mer M. Madeleine, un maire respectable au bon c�ur ; personne ne reconna�t en lui l�ancien for�at Valjean. Pourtant il y a un homme qui  soup�onne son identit� � un inspecteur de Montreuil nomm� Javert, qui le d�nonce, apr�s certains �v�nements, � la pr�fecture de police. Entre temps la police arr�te un autre homme qu�elle consid�re comme Valjean, M. Madeleine est donc laiss� tranquille. L�affaire para�t �tre conclue pour le maire � un homme inconnu assurera la vie paisible du Valjean r�el qui a toutefois fait beaucoup d�effort pour redresser les abus du pass� et gagner la reconnaissance de la soci�t�. Mais ce qui ne laisse pas Madeleine tranquille, c�est sa conscience. Peut-on laisser souffrir un autre homme, bien que criminel, pour ses propres p�ch�s ? Il fait alors face � un dilemme terrible � doit-il se livrer et perdre les fruits de son effort de huit ans ou garder son secret, mais perdre la paix de sa conscience et la gr�ce de Dieu ? Cette question rage dans la t�te de Valjean comme une temp�te et il passe une nuit effroyable. Examinant tous les arguments, sa d�cision est toujours plus difficile. D�une part il a des responsabilit�s et  des projets - il est un bienfaiteur de la r�gion qui s�occupe de ceux qui en ont besoin et  il emploie des gens pauvres dans ses fabriques ; de plus il a promis � Fantine, gravement malade, de lui amener sa petite fille. Mais d�autre part ne rien dire, cela signifie condamner un homme qui, peut-�tre, n�a commis aucun crime, aux gal�res � perp�tuit� � c�est presque la m�me chose que de le tuer. Il est clair que le premier choix serait plus avantageux pour Valjean, mais il se rend compte que son but est de � Sauver, non sa personne, mais son �me. �[8], et que � Se livrer, sauver cet homme [...] c��tait l� vraiment achever sa r�surrection, et fermer � jamais l�enfer d�o� il sortait �[9]. Alors, il se r�sout � assister � un proc�s et � prendre la d�cision finale sur place. Pour faire ainsi, il faut r�aliser un voyage rapide et � cause de quelques complications, Valjean perd l�espoir d�arriver � l�heure. Il se dit que c�est une �uvre de la providence, mais toutefois il continue sa route. Finalement il arrive juste � temps pour prendre connaissance de la triste histoire de l�accus� Champmathieu et pour le sauver en avouant tout. Cet acte retransforme le maire honor� en gal�rien m�pris�, mais sa conscience reste nette. N�anmoins ces moments d�horreur et de lutte int�rieure laissent aussi une autre marque encore plus visible � les cheveux gris du maire deviennent tout � fait blancs.

Malgr� tous les obstacles, Valjean finit par remplir sa promesse donn�e � Fantine de s�occuper de sa fille abandonn�e. Cosette devient le bonheur de sa vie, le sens unique de sa vie : � Aim� de Cosette, il se trouvait gu�ri, repos�, apais�, combl�, r�compens�, couronn�, il n�en demandait pas d�avantage. �[10]. Cependant il arrive un jour o� sa vie presque idyllique avec Cosette est rompue par l�apparition de Marius � d�abord Valjean le hait, mais petit � petit il commence � comprendre que sa fille ne peut passer sa vie enti�re avec son � papa � vieilli. Alors, il supporte leur amour, il est pr�t � se laisser tuer pour sauver la vie de Marius sur la barricade. Apr�s leur mariage, Valjean se dit qu�il a accompli son devoir et que sa t�che est donc finie. Il se r�sout � abandonner Cosette pour qu�elle puisse �tre heureuse. Or cette d�cision est tr�s douloureuse et signifie pour lui un grave sacrifice, Valjean doit donc prendre tout son courage pour faire le pas final � confier � Marius son identit�. Il choisit le lendemain des noces de Cosette et Marius pour r�v�ler � Marius son secret accablant. Il lui explique ses raisons d�agir : � Vous me demandez ce qui me force � parler ? une dr�le de chose, ma conscience. �[11] ; qu�il ne pouvait pas �tre assis � leur table � avec la pens�e que, si vous saviez qui je suis, vous m�en chasseriez �[12] et qu�il ne veut pas entacher leur avenir. Il se fait des reproches, s�humilie, tout en cachant ses bonnes actions � il consid�re ce sacrifice comme la punition finale de ses p�ch�s : � pour que je me respecte, il faut qu�on me m�prise �[13]. Sa confession est �mouvante, am�re et si douloureuse qu�il ne peut s�emp�cher de verser des larmes. Comme il l�a suppos�, son aveu influence l�opinion de Marius qui ne comprend point ce caract�re de martyre. M�me s�il lui accorde des visites � Cosette, Marius commence bient�t � regretter sa faiblesse et fait sentir � Valjean qu�il est un visiteur importun. Ainsi pouss�, Valjean se met en isolement total. Cette s�paration est probablement le plus difficile de tous ses actes � � Le premier pas n�est rien ; c�est le dernier qui est difficile. Qu��tait-ce que l�affaire Champmathieu � c�te du mariage de Cosette et de ce qu�il entra�nait ? �[14]. Perdre une personne bien ador�e est mille fois plus grave que perdre la libert�. Par ce dernier sacrifice, Valjean perd tout sauf sa conscience.

Toutefois la conscience, c�est la fortune la plus importante de Valjean. �veill�e par M. Myriel, elle joue un r�le consid�rable dans toutes ses d�cisions. � Je suis un gal�rien qui ob�it � sa conscience, �[15] dit-il. C�est avec elle que Valjean m�ne des luttes compliqu�es dans les situations difficiles et c�est elle encore qui triomphe toujours de ses c�t�s sombres. La conscience l�extrait du statut de for�at maudit et l�aide � rester un homme honn�te, ou bien � devenir presque saint.


 

5.   Javert � agent de la justice infaillible

 

Le caract�re de Javert, un inspecteur de police, est souvent consid�r� comme oppos� � celui de Valjean. Cet homme repr�sente un des personnages n�gatifs du roman ; or, la nature de son r�le n�gatif diff�re de celle des Th�nardier et des autres malfaiteurs � elle prend sa source plut�t dans une sorte d�aveuglement de l�inspecteur.

A la diff�rence de Valjean, le chemin de vie de Javert n�est pas si compliqu� � il agit toujours sans aucune h�sitation ou doute, ses attitudes et principes sont clairs et inconvertibles. La raison en est qu�il ne respecte qu�un seul principe - la loi - et qu�il lui accorde une confiance exclusive. Bien que Hugo ne consacre pas une telle place � l�analyse de sa psychologie comme � celle de Valjean, il le pr�sente pourtant de fa�on telle qu�on peut reconstituer son caract�re et ses motivations assez fid�lement.

L�officier de police Javert est paradoxalement n� en prison � sa m�re �tait une tireuse de cartes, son p�re un gal�rien. C�est avant tout sa famille qui est responsable de son attitude envers la loi. Il hait � cette race de boh�mes dont il �tait �[16], il entre alors dans la police et prot�ge la soci�t� contre de tels individus.

Dire que Javert est injuste ne serait pas exact ; au contraire, sa justice est excessive et s�v�re. Le probl�me est que pour Javert la justice, c�est une loi et il la respecte aveugl�ment et sans aucun �gard. � Le fonctionnaire ne peut se tromper ; le magistrat n�a jamais tort. � et � Ceux-ci (les criminels) sont irr�m�diablement perdus. Rien de bon ne peut en sortir. �[17] - ce sont ses th�ses. Javert respecte tooujours les autorit�s en tout point, sans tenir compte du fait s�il est d�accord avec leurs d�cisions. D�autre part il traite les � d�linquants � sans aucun respect ou marque de sympathie � d�apr�s sa philosophie, c�est exactement ce qu�ils m�ritent. Gr�ce � cette opinion, il n�a jamais de probl�mes pour prendre ses d�cisions, jusqu�au moment o� sa conviction est d�truite. Ses jugements r�solus peuvent �tre illustr�s avant tout par rapport � son comportement envers les autres personnages du roman.

Le plus important est la relation de Javert envers Valjean. En tant que maire, Valjean ou bien M. Madeleine repr�sente pour l�inspecteur une autorit� souveraine. Il ob�it � ses d�cisions, bien qu�il les d�savoue dans son for int�rieur. Il est vrai que des souvenirs du pass�, renforc�s par quelques actes insolites du maire, provoquent un soup�on chez Javert. Pourtant il respecte M. Madeleine comme un repr�sentant de la magistrature jusqu�au moment o� l�indulgence incompr�hensible du maire concernant le crime de Fantine ne lui enl�ve pas ses derni�res doutes. Puis il �crit une lettre d�non�ant M. Madeleine ou bien le for�at Valjean. Mais par une erreur judiciaire, sa conviction est d�mentie et Javert se reproche d�avoir r�sist� pour la premi�re fois de sa vie � une autorit�. Il est si r�vuls� par son manquement qu�il vient chez M. Madeleine pour s�humilier, se nommer mouchard et renoncer � toute sa carri�re polici�re : � J�ai failli, je dois �tre puni. Il faut que je sois chass�. �[18]. Sa r�signation est pleine d�humilit� mais, en m�me temps, il ne manque pas d�une certaine dignit� � son comportement est en effet une d�monstration de la fa�on dont Javert con�oit l��quit�.

Apr�s la r�v�lation de l�identit� r�elle de M. Madeleine, l�attitude de Javert change avec la rapidit� de l��clair. Son triomphe renforc� par sa conviction pr�c�dente, il se h�te d�arr�ter l�homme � qui il a demand� pardon quelques jours auparavant. Il oublie rapidement toutes qualit�s et bonnes actions de M. Madeleine et le traite sans aucune piti�, comme un malfaiteur qui ne m�rite qu�une punition s�v�re. Il l�humilie et fait la sourde oreille � ses pri�res qui cherchent � prot�ger Fantine. La raison en est simple � en tant que for�at, Madeleine perd � ses yeux toute sa cr�dibilit� et redevient un individu indigne.

La chasse � Valjean est la mission la plus importante de Javert. Toutefois, ce dernier n�est pas la seule personne innocente troubl�e par l�inspecteur. Son autre victime est Fantine, qui sacrifie son honneur pour sauver sa fille, mais c�est une sorte de sacrifice que Javert ne sait pas comprendre. Il ne prend Fantine que pour une fille publique qui d�range la soci�t� honn�te et pour cette raison, il faut la sanctionner. Assistant � l�incident entre Fantine et un m�chant bourgeois, qui met de la neige dans le dos de la prostitu�e, Javert ne doute donc pas du coupable et arr�te la pauvre femme sur-le-champ. Il ignore ses raisons, ses implorations et larmes. � En cet instant, il le sentait, son escabeau d�agent de police �tait un tribunal. Il jugeait. Il jugeait et il condamnait. �[19]. Il est persuad� d�avoir raison et d��tre responsable pour prot�ger la soci�t� des individus criminels de cette sorte. C�est alors l�explication de sa stup�faction apr�s l�ordre de M. Madeleine de rel�cher cette femme r�pr�hensible. Mais, comme contredire le maire serait un d�passement de ses comp�tences, Fantine est sauv�e pour un temps.

N�anmoins, ce n�est pas la derni�re rencontre de Javert et Fantine. Une seconde entrevue se produit au moment le moins convenable pour cette femme, sur son lit de mort � au moment o� elle esp�re rencontrer de nouveau sa petite fille bien aim�e. Au lieu d�une rencontre heureuse se pr�sente un inspecteur effroyable, qui lui annonce qu�elle ne reverra point sa fille et que son patron est un gal�rien qu�il faut saisir. L��pouvante, la maladie et le d�sespoir, tout cela signe la mort de Fantine. Javert devient alors, bien qu�indirectement, le meurtrier de la pauvre femme. Toutefois il ne s�en rend compte � de son point de vue, c�est une p�cheresse, qui ne m�rite aucune piti�.

Malgr� toutes ses actions impitoyables, il faut aussi accorder � Javert quelques vertus. Son comportement dans les situations p�rilleuses lui fait honneur, on ne peut qu�admirer son sang-froid, son audace et sa dignit�. Ces qualit�s accompagn�es de diligence, sagacit� et fid�lit� lui donnent la r�putation d�un agent de police redoutable parmi ses coll�gues ainsi que dans le monde des sc�l�rats. Dans le roman, il y a quelques situations o� Hugo fait appr�cier au lecteur les facult�s de Javert. On a d�j� cit� son humble visite dans l�office de M. Madeleine pour lui annoncer son � crime � d�offenser l�autorit�. Un autre cas, o� on peut estimer ses qualit�s polici�res, est son intervention contre les Th�nardier et ses compagnons mena�ant Valjean comme M. Fauchelevant. Ici se d�montre sa renomm�e d�agent hardi, d�un � empereur des diables �, qui provoque le respect de tous ceux qui connaissent son nom. Comme dernier exemple, on peut mentionner sa position sur la barricade, o�, sur ordre du commissariat, il se joint audacieusement aux r�volt�s. Son identit� r�v�l�e, il s�attend � la mort avec � la r�signation d�un martyr et la majest� d�un juge �[20]. Il ne demande gr�ce ni tente de r�sister ou de cacher sa mission, il garde sa � s�r�nit� intr�pide de l�homme qui n�a jamais menti �[21].

Nonobstant cette r�signation, Javert re�oit sur la barricade la plus grande le�on de sa vie. Le for�at Valjean, qu�il a m�pris� et chass� pendant des ann�es, le lib�re et lui sauve la vie. Javert, avec sa perception du monde en noir et blanc, est constern� : ce malfaiteur a pourtant droit de se venger. Au lieu de cela l�inspecteur de police lui doit la vie. Pour la premi�re fois, Javert perd sa fermet� et commence � douter. Entre temps, il rencontre Valjean de nouveau en train d�enlever Marius bless� de la barricade et il l�arr�te. Mais sa fa�on de traiter ce criminel n�est plus aussi r�solue qu�autrefois. Il aide Valjean � transporter Marius, il lui accorde la derni�re visite � Cosette, il cesse m�me de le tutoyer ! Son changement finit par lib�rer Valjean et sa confusion int�rieure s�aggrave. Tout � coup, sa conscience se d�double et ses points d�appui s��croulent. Quel d�lit a-t-il commis ? Il vient de d�livrer un criminel qui appartient � la justice, il vient de � trahir la soci�t� pour rester fid�le � sa conscience � [22]. Est-il possible que la justice ait tort ? Un for�at, peut-il se redresser ? S�il en est ainsi, lui, l�agent de la loi fid�le, a pass� sa vie � servir l�illusion. � L�autorit� �tait morte en lui. Il n�avait plus la raison d��tre. �[23]. Cette constatation terrible m�ne donc Javert jusqu�au bord de la Seine, dans les flots de laquelle il noie tous ses doutes.

Andr� Maurois, dans son livre sur la vie de Victor Hugo, affirme que Hugo estima son inspecteur, il est vrai avec aversion, mais sinc�rement.[24] Pourtant, consid�rant le caract�re de Javert en d�tail, on peut se poser la question de savoir si l�aversion est justement ce que cet homme m�rite. Consid�rant sa vie dure, ses raisons et sa fin tragique, n�est-il pas plut�t digne de piti� ?

 

 

6.   Valjean contre Javert

 

L�histoire de Jean Valjean et de Javert, c�est le contraste du for�at et de l�inspecteur de police. N�anmoins, leur liaison est un peu plus compliqu�e qu�il n�y para�t. Dans les chapitres pr�c�dents on peut apercevoir que les destin�es de ces personnages s�influencent consid�rablement et si on plonge dans une analyse de leurs caract�res, on peut y trouver des analogies et des divergences int�ressantes. Nous essayerons donc d�examiner plus en d�tail les rapports entre ces deux hommes dans certains domaines.

 

6.1   Histoire de vie

 

Si on veut comparer Jean Valjean et Javert, il faut certainement commencer par l�histoire de leur vie. Bien que leurs caract�res puissent para�tre compl�tement diff�rents, certaines exp�riences, qui ont influenc� leur vie, partagent des traits communs. Il faut aussi souligner que les deux personnages ont �t� form�s par la m�me soci�t� dure, qui a laiss� quelques traces sur leur �me.

La vie de Javert porte, ainsi que celle de Valjean, l�empreinte de la prison. Toutefois, il en est encore moins coupable que son rival. Javert est n� dans la ge�le, il h�rite donc des crimes de ses parents et son origine jette le discr�dit sur son existence. Quant � Valjean, la fortune lui accorde aussi la vie dure � cause de sa pauvret�, qui le m�ne jusqu�aux gal�res. Les exp�riences rudes du milieu criminel ne cessent de les hanter tous les deux pendant le reste de leur vie ; ils ne peuvent pas se d�barrasser de leur pass� et de la marque du d�shonneur. La prison les marque m�me d�une autre fa�on � elle les prive de sentiments positifs. Au lieu de cela, Valjean s�arme d�une haine aveugle envers toute la soci�t� et d�esprit de vengeance. Javert cherche � faire face � son pass� en se rangeant sous la banni�re de la justice � ce qui signifie, dans son cas, l�ob�issance aveugle � la loi sans aucune trace d�humanit�.

La rupture principale de leurs caract�res commence exactement par ces sentiments. Alors que l�aveuglement de Valjean dispara�t gr�ce � la bont� de M. Myriel, qui lui fait voir la face humaine de la soci�t�, Javert n�a pas une pareille chance. Ce fait a donc une forte influence sur leur rapport au monde et sur leurs valeurs. Tous deux veulent compenser leurs fautes (ou les fautes de leurs parents) et cherchent le sens de leur existence dans le service �  rendre � la soci�t�. En m�me temps, ils respectent une certaine autorit� sup�rieure - pour Valjean, c�est Dieu, pour Javert - la loi. Or � cause de sa c�cit�, Javert ne se rend pas compte que les principes qu�il honore sont injustes et peu objectifs.

Toutefois, Javert finit par comprendre ses b�vues. Son histoire est semblable � celle de Valjean et de l��v�que - il est tir� de son erreur par un acte de g�n�rosit�, mais cette fois le bienfaiteur est Valjean lui-m�me. Ayant �t� d�livr� de la captivit� par son adversaire mortel, l��chelle des valeurs de Javert est boulevers�e. Comme Valjean dix-sept ans plus t�t, Javert tout d�abord ne comprend point un tel geste. Pourtant il commence � comprendre pas � pas ; son �me est d�concert�e et il reconsid�re ses attitudes, invariables jusqu�� pr�sent. Si l��veil �tait venu plus t�t, il aurait pu peut-�tre changer cet homme de pierre ; � ce moment-l�, il est trop tard. Javert n�est pas capable de s�acquitter de ses erreurs et il choisit la mort.

On peut se rendre compte que la mort de Javert, ainsi que celle de Valjean, est le r�sultat d�une certaine perte. Pour Javert c�est la perte des s�curit�s, pour Valjean la perte de la personne aim�e. Pour tous deux il s�agit d�une sorte de sacrifice que les autres ne peuvent pas comprendre � c�est le r�sultat d�une lutte compliqu�e dans leur for int�rieur et la victoire de la conscience. Cependant, comme dans leur vie, il y a un contraste m�me dans leur fin : tandis que Javert meurt dans l�obscurit� de la nuit, perplexe, en se jetant dans les eaux obscures du fleuve, Valjean d�c�de heureux, dans la compagnie de ses enfants bien-aim�s et dans la lumi�re de ses chandeliers d�argent, la face tourn�e vers le ciel. Cette opposition entre la profondeur du fleuve et les hauteurs c�lestes �voquent le contraste de l�enfer et du paradis, d�une �me perdue et d�une �me sauv�e.

 

6.2   R�le de la soci�t�

 

Valjean et Javert se trouvent � deux extr�mit�s compl�tement oppos�es de l��chelle sociale � l�un repr�sente un perturbateur de la loi, l�autre est son gardien. Pourtant aux yeux de la soci�t�, ils sont tous les deux des parias. L�agent de la police ainsi que le criminel suscite la d�fiance et sa pr�sence met les gens aux aguets � l�autorit� est de temps en temps encore plus importune et plus dangereuse que la vilenie. Un des faits que Hugo critique � travers son roman est que la soci�t� ne juge pas les hommes d�apr�s leur caract�re, mais qu�elle leur attribue des �tiquettes g�n�ralisantes, dont ils ne peuvent pas se d�barrasser. Cela est vrai pour Javert et encore plus pour Valjean.

La vie enti�re de Valjean, c�est le combat avec la soci�t� pour y obtenir une place. A sa naissance, il est un homme honn�te, mais pauvre. Bien qu�il travaille de toutes ses forces, il ne r�ussit pas � changer sa situation. Il souffre alors avec une r�signation sombre, jusqu�au moment o� il commet une faute fatale et qu�il est d�racin� de la soci�t� � normale �. Il cesse d��tre un homme : il devient un num�ro. Au bagne, il passe beaucoup de temps � r�fl�chir. Il se juge lui-m�me ainsi qu�il juge la soci�t� et il reconnait son crime, mais trouve la punition inad�quate. Il a vol� un pain, la soci�t� lui a vol� dix-huit ans de vie. Il l�inculpe donc pour son traitement et � la condamne � la haine �. Il constate que � la vie est une guerre ; et que dans cette guerre il est le vaincu. Il n�a d�autre arme que sa haine. �[25].

Quittant les gal�res, Valjean garde le petit espoir d�un nouveau commencement. Cependant la collision avec la r�alit� le r�veille de cette illusion et il comprend que � cause de son passeport jaune d�ancien for�at, il est exclu de la soci�t� � jamais. � On sort du bagne, mais non de la condamnation. �[26]. Sa situation est sans issue, il ne peut que se r�signer de nouveau et accepter le destin d�un for�at.

Toutefois, le traitement de la part de M. Myriel lui rend des forces pour pouvoir changer sa vie. A partir de ce moment-l�, l�histoire de Valjean est une s�rie d�ascensions et de chutes. Il se d�fait du passeport jaune et de son identit� ; pourtant il ne peut pas se d�faire du pass�. Sous le nom de M. Madeleine, il acquiert de la consid�ration, du respect et de la popularit� et il est heureux pendant quelques ann�es ; puis ses ant�c�dents le rattrapent et � en moins de deux heures tout le bien qu�il avait fait fut oubli�, et ce ne fut plus � qu�un gal�rien �. �[27] Cette fois, cependant, Valjean ne perd pas courage et choisit une attitude plus active. Il se d�gage de la boue du bagne et commence une nouvelle vie � c�t� de Cosette, une vie calme et simple. A part quelques rencontres avec Javert, la soci�t� le laisse tranquille � il �vite de se faire remarquer. Mais son bonheur ne peut pas �tre �ternel � il le sacrifie pour celui de Cosette. Dans cette situation, l�opinion de la soci�t� se refl�te dans le comportement de Marius � � travers lui se manifestent tous ses pr�jug�s et ses dogmes. Aux yeux de Marius, Valjean redevient � le for�at ; c�est � dire, l��tre qui, dans l��chelle sociale, n�a m�me pas de place, �tant au-dessous du dernier �chelon. �[28]. Cette derni�re chute est le coup final pour Valjean. Il se r�signe � sa position et l�accepte comme la punition finale de ses fautes � il meurt alors comme un for�at, pourtant un homme honn�te.

Par rapport � l�histoire de Valjean, celle de Javert est beaucoup plus simple. Sa place dans le monde lui est, pareillement, attribu�e � la naissance. Fils de deux sc�l�rats, il passe son enfance entre p�cheurs et criminels et d�sesp�re de rentrer un jour dans la soci�t� � normale �. Il n�a donc qu�un choix limit� dans sa condition sans issue � devenir un violateur de la loi ou son protecteur. � Il remarqua que la soci�t� maintient irr�missiblement en dehors d�elle deux classes d�hommes, ceux qui l�attaquent et ceux qui la gardent �[29]. Il est naturel que Javert ressente de la haine envers la classe sociale qui l�a priv� d�avoir de l�espoir d�une vie tranquille. Son aspiration la plus forte est de prouver que, malgr� son origine, il est digne de la reconnaissance de la soci�t�. De plus, il y a dans son for int�rieur rigidit�, r�gularit� et probit� - des qualit�s qui le pr�d�terminent pouur le r�le de gardien de la loi. Alors, il se met au service de la police et sa fonction lui apporte le respect de la soci�t�. N�anmoins, il reste un homme peu populaire, car son pouvoir policier ainsi que ses attitudes fermes font de lui un individu sinistre. Cela ne veut pas dire qu�il abuse du pouvoir, qui lui est attribu� par sa fonction : il agit seulement en respectant strictement certains principes.

D�apr�s ces principes, Javert ne distingue que deux groupes de gens : les braves hommes, qui doivent �tre prot�g�s et les criminels, qui sont damn�s � toujours. L�autre �l�ment essentiel dans son attitude envers la soci�t�, est la hi�rarchie sociale qu�il consid�re comme intouchable. Il distingue les hommes qu�il doit respecter et les hommes qui doivent le respecter � � savoir, l�autorit� et les hommes ordinaires. Gr�ce � sa s�v�rit�, Javert passe pour un excellent agent, jusqu�au moment o� il exprime pour une fois son opinion personnelle � � travers une lettre �crite avant son suicide � � ses sup�rieurs, qui connaissant bien son ob�dience, constatent que � un �crit laiss� par cet homme, d�ailleurs irr�prochable et fort estim� de ses chefs, faisait croire � un acc�s d�ali�nation mentale �[30].

Il est curieux que les deux victimes de la soci�t�, Valjean et Javert, consacrent leur vie � son service. Ils esp�rent ainsi compenser leurs fautes, bien que ce soit plut�t la soci�t� qui soit coupable. Seulement, ils ont diff�rentes priorit�s et se servent de diff�rents moyens. Javert, � cause de sa c�cit�, se fie � la loi et cherche � prot�ger la soci�t�. Cependant Valjean, gr�ce � ses exp�riences, comprend les besoins r�els de la soci�t� et pour cette raison il sert des �tres particuliers, pas la soci�t� comme une notion abstraite. Ces points de vue divergents sont influenc�s aussi par leur conception de la justice.

 

6.3   Loi et justice

 

Le gouffre le plus profond, qui s�pare Valjean et Javert, s�appelle la loi. D�s le moment o� ils font connaissance, ils se trouvent sur ses bords oppos�s et ce fait les rend ennemis : la proie et le chasseur. Au travers de leur rapport � la loi, Hugo analyse la justice de cette �poque et montre, paradoxalement, la face humaine du criminel et l�inhumanit� du code. Toutefois, il ne consid�re pas la loi compl�tement mauvaise, il illustre seulement par les exemples du for�at et de l�agent de police le manque d�objectivit� judiciaire, qui leur fait tort � tous deux. Dans le cas de Valjean, cette injure est directe et donc plus apparente que dans le cas de Javert, dont la vie est ruin�e par la loi indirectement.

On pourrait objecter que Javert ne doit sa position respectable qu�� la loi. En r�alit�, cette conclusion serait un peu simpliste. D�une part la justice lui accorde vraiment son statut honorable, d�autre part, d��tre n� en prison lui a appris � estimer ses r�gles sans se douter de leur validit� g�n�ralisante. Elle ne lui montre point une dimension humaine, mais seulement grave dans son c�ur deux attitudes essentielles : � le respect de l�autorit� � et  � la haine de la r�bellion �[31]. Sans s�en rendre compte, Javert, gr�ce � l��ducation qu�il obtient, devient une sorte d�esclave de la loi et lui consacre sa vie. C�est pour cette raison qu�il poursuit ses victimes comme un dogue et consid�re leurs actions avec un c�ur de pierre. C�est donc avant tout la justice qui est coupable d�avoir cr�� cet inspecteur inhumain.

Quant � Valjean, nous avons d�j� d�montr� le tort que lui cause la soci�t�, et la justice y joue un r�le consid�rable. Cet homme a p�ch� pour pouvoir nourrir sa famille, et la justice le prive de l�honneur, de la libert�, m�me de ses proches. Apr�s avoir quitt� les gal�res, il ne cesse d��tre un individu r�pr�hensible sans aucun droit � la loi ne lui rend pas possible le retour � la vie normale. Elle ignore m�me son changement et ses efforts - aux yeux de la justice, il est toujours un r�cidiviste incorrigible. Il ne lui reste donc qu�� simuler la mort pour pouvoir commencer une nouvelle vie honn�te. Toutefois, il ne r�ussit pas � circonvenir Javert qui, d�s ce moment-l�, devient la personnification sinistre de la loi dans la vie de Valjean. La cause en est que Javert seul pr�te attention � la � r�surrection � de ce criminel et qu�il consid�re comme son devoir de l�arr�ter. Il peut donc para�tre que le suicide de l�inspecteur r�sout tous les probl�mes de Valjean. Oui, apparemment. Mais en r�alit�, l�acte de Javert ne lui rend pas ses droits et Valjean le sait. Malgr� sa vie presque sainte, devant la justice, il reste le bas-fond de la soci�t� et un for�at en rupture de ban jusqu�� sa mort.

N�anmoins, il faut souligner que Valjean, ainsi que Javert, respecte la loi et cherche � �radiquer le crime. La diff�rence est que, comme il conna�t par exp�rience les imperfections de la justice sociale, il met sa confiance en la justice naturelle. Alors que Javert juge chaque homme et ses faits du point de vue du code, sans se questionner sur les motifs, Valjean consid�re avant tout les motivations individuelles. Il pr�sente l�id�e qu�aider les gens dans leur mis�re est souvent moins p�nible et plus efficace que les punir apr�s que le crime est commis. � Il cherche � fournir aux gens un moyen de gagner une vie honn�te, leur donnant ainsi l�occasion d��tre ind�pendants et de faire ce qu�ils peuvent de leurs vies sans devoir recourir au vol ou la violence pour alimenter leurs familles. �[32]. Pour cette raison, tandis que Javert cherche � pr�venir du crime, Valjean cherche � pr�venir les gens de devenir criminels.

 

6.4   Foi

 

Bien que leurs opinions sur la vie soient partag�es, il y a une valeur qui est aussi importante pour Valjean que pour Javert - la foi. Cherchant le droit chemin, ils s�attachent tous les deux � certains principes qui repr�sentent pour eux un phare dans les moments compliqu�s. Pour Valjean, c�est la croyance en Dieu, pour Javert c�est la confiance en sup�riorit� de la loi. Cela ne veut pas dire que Javert d�mente la religion. Au contraire, il la consid�re comme une des sources essentielles de l�ordre ; l�autorit� eccl�siastique a pour lui une dignit� indiscutable : � A ses yeux un pr�tre �tait un esprit qui ne se trompe pas, une religieuse �tait une cr�ature qui ne p�che pas. �[33]. N�anmoins, le fait qu�il estime l��glise ne veut dire qu�il a une croyance religieuse. Au contraire, la loi domine sa vie � tel point qu�il n�a probablement jamais r�fl�chi sur l�existence d�une autorit� divine. � Il avait un sup�rieur, M. Gisquet ; il n�avait gu�re song� jusqu�� ce jour � cet autre sup�rieur, Dieu. �[34].

            Cependant c�est une des propri�t�s de la nature de Javert, qui exige une fid�lit� totale � quelque principe ou autorit� supr�me. Il les trouve dans la loi. Sa croyance est ferme et absolue, comme tout dans sa vie. Il est persuad� que la justice n�a jamais tort, que le code est infaillible et �quitable. C�est exactement sa conviction en cette infaillibilit� qui constitue le dogme principal de sa vie. � Il avait la conscience de son utilit�, religion de ses fonctions, et il �tait espion comme on est pr�tre �[35]. Son plus grand malheur est qu�il trouve l�assurance justement dans une loi fond�e par des hommes faillibles. Il se fie � ses r�gles au lieu de se fier � ses propres jugements, et sa foi en la sup�riorit� de la loi l�aide � prendre des d�cisions rapides et des conclusions fermes. � Malheureusement c�est un homme qui permet � sa foi en ses principes de l��craser. Il n�y a aucune place pour le doute, la pens�e, ou la compr�hension dans son monde. �[36]. On peut donc bien comprendre sa perplexit� depuis l��v�nement sur la barricade, o� un homme r�prouv� par la justice agit contrairement � la conviction de Javert. C�est la premi�re fois que Javert ne peut pas s�appuyer sur la loi, mais qu�il doit employer son opinion personnelle. � Une de ses anxi�t�s, c��tait d��tre contraint de penser. [...] Il y a toujours dans la pens�e une certaine quantit� de r�bellion int�rieure ; et il s�irritait d�avoir cela en lui. �[37]. La constatation qu�il n�existe pas dans le monde des r�gles absolues lui est insupportable - il ne sait pas vivre avec une pareille connaissance. Avec la perte de sa foi, il perd tout. Sa mort n�est donc que sa derni�re r�solution absolue.

            En contraste avec Javert, Valjean ne met pas sa confiance dans les principes humains mais dans les principes divins. Sa croyance est inspir�e par l�acte de compassion de M. Myriel, et l�exemple de ce serviteur de Dieu accompagne Valjean pour le reste de sa vie. Au travers de la charit� de l��v�que, il se rend compte de la bont� et de la justice divine, dans lesquelles il trouve plus d�esp�rance que dans la soci�t� et dans la justice terrestre. Abandonnant tout espoir d�obtenir le pardon de la soci�t�, Valjean aspire � obtenir au moins l�absolution divine. Il consacre donc sa vie � Dieu, mais sa croyance n�a pas un caract�re religieux, mais plut�t un caract�re humaniste. Bien qu�il m�ne une vie modeste, presque asc�tique, et fr�quente la messe, ce qui est le plus important dans sa vie, c�est le commandement d�amour envers ses prochains. La raison en est qu�� la diff�rence de Javert, il comprend que � la foi excessive en les principes pr�tendus de Dieu et de l��glise peut mener � l�abus et des erreurs de justice. �[38]. En comparaison de l�obsession de l�inspecteur, la foi de Valjean n�est donc ni si r�solue, ni si aveugle. Elle ne l�aide pas � se d�barrasser de tous ses doutes, puisque ses exp�riences lui ont appris � toujours se questionner. Toutefois, avant de prendre une r�solution essentielle, il consid�re toujours l�aspect divin et il consulte sa conscience. Dans sa destin�e dure, de temps en temps il perd l�espoir, mais jamais la foi. C�est aussi sa conviction qui l�emp�che de songer, m�me dans les moments les plus difficiles, � la r�solution d�finitive de Javert � le suicide.

 

            6.5   Sentiments et qualit�s

 

Les sentiments et les qualit�s humaines sont un aspect, sur lequel les r�flexions de Javert et de Valjean diff�rent cat�goriquement. Les plus hautes vertus de Javert apparaissent comme de l�insensibilit� du point de vue de Valjean, tandis que les sentiments les plus importants dans la vie de Valjean sont consid�r�s comme faiblesse selon les crit�res de Javert. Ces attitudes ne sont pas seulement le r�sultat de leur nature, mais aussi des impacts de leurs environnements sur leur caract�re. Bien s�r, leurs priorit�s se manifestent assez sensiblement m�me dans leurs actions.

Il ne faut pas oublier qu�� la diff�rence de Valjean, l�enfance de Javert �tait assez atypique. M�me si pauvre, Valjean avait une famille pour laquelle il avait un certain attachement. Peut-�tre celui-ci n��tait-il pas si fort que dans les familles heureuses, n�anmoins c��tait pour sa famille qu�il ait commis un crime et c��taient vers ses proches que s��taient dirig�es ses derni�res pens�es avant d��tre envoy� aux gal�res. � Puis, tout en sanglotant, il �levait sa main droite et l�abaissait graduellement sept fois comme s�il touchait successivement sept t�tes in�gales �[39]. Ce qui n��tait pas le cas de Javert. Au lieu d�un milieu familial, il ne conna�t d�s sa naissance que la rigidit� des gardiens, la honte envers ses parents et la haine du d�sordre. Il n�a donc pas dans son c�ur un fond duquel des sentiments g�n�reux peuvent germer.

Pendant ses ann�es de bagne, un trou nait � l�int�rieur de Valjean, comparable au vide de l��me de Javert. Pendant un certain temps tous deux �prouvent la m�me sorte de haine sem�e dans leur c�ur par le milieu impitoyable. Mais ensuite � l�exemple de l��v�que a rallum� une flamme d�humanit� qui avait presque �t� �teinte �[40] et la haine de Valjean est remplac�e par la compr�hension, l�amour et la tol�rance. Ce sont des valeurs qui, d�sormais, caract�risent sa vie. Elles se d�montrent au travers de ses bienfaits, de ses sacrifices, de son attitude envers les gens. Son amour est de l�esprit presque divin - son intention est d�aimer tous ses semblables, de les aider et de ne faire de tort � personne. Son humanit� se montre m�me sur la barricade, o� il prend part � la lutte h�ro�que des insurg�s, cependant il ne tire pas un seul coup contre un �tre humain. Il prot�ge la barricade, il s�occupe des bless�s, � mais rien qui p�t ressembler � un coup, � une attaque ou m�me � une d�fense personnelle, ne sortit de ses mains �[41]. Mais sa conviction est probablement la plus frappante dans son comportement envers Javert quand, au lieu de se d�faire de son ennemi, il lui garantit la vie.

L�attitude de l�inspecteur est exactement contraire � celle de Valjean. A son avis � c�est bien facile d��tre bon, le malais�, c�est �tre juste�[42]. L�id�e que quelques sentiments pourraient �tre une excuse � un crime et donc �tre plus dignes que la loi, lui est absurde. Pourtant il ignore tous les sentiments qui pourraient influencer l�ex�cution de ses devoirs. Comme il n�emploie jamais son opinion personnelle, il n�est pas difficile pour lui de le faire. Il est fier de son exactitude et ne se rend pas compte que ses jugements en accord avec la loi pourraient m�me faire mal � un �tre qui ne le m�rite point.

L�exemple le plus marquant de la distance entre la tol�rance de Valjean et la rigueur de Javert, est leur traitement de Fantine au moment o� Valjean est encore le maire de Montreuil-sur-Mer et Javert, inspecteur. L�incident de Fantine avec un bourgeois et son apparence de prostitu�e font que Javert la juge comme tous les autres criminels, sans comprendre ce que son verdict peut causer � cette femme. Bien que Fantine croie trouver chez lui une pointe de piti�, elle ne r�ussit pas. D�un autre c�t� Valjean ou bien M. Madeleine, qu�elle insulte en lui crachant au visage, l�absout car il se sent responsable de son malheur. On l�a pourtant expuls�e de sa fabrique, m�me si il ne l�a pas su, mais il est r�solu � la sauver maintenant. Toutefois, c�est pour Javert  une d�cision dont il n�acceptera jamais la motivation.

Valjean et Javert, tout de m�me, partagent leur aust�rit� sur un point � dans leur comportement envers eux-m�mes. Tandis que Valjean est gentil avec tout le monde sauf avec lui-m�me, Javert est s�v�re envers lui-m�me comme envers tous autres. Pour Valjean, c�est une sorte de punition de ses p�ch�s du pass�. � Il se consid�re un voleur, indigne de l�affection des autres et passe sa vie � essayer de se racheter - � ses propres yeux. Il estime qu�il a une dette � payer - pas � la soci�t�, mais � lui-m�me, car il a vu ce � quoi la vie peut ressembler sans honneur, dignit� et amour, et il d�cide de prendre au moins une position contre une telle vie, et pour lui et pour les autres. �[43]. Cependant Javert ne conna�t pas de tendresse pour les autres ni pour lui. � J�ai souvent �t� s�v�re dans ma vie. Pour les autres. C��tait juste. Je faisais bien. Maintenant, si je n��tais pas s�v�re pour moi, tout ce que j�ai fait de juste deviendrait injuste. �[44]. Il applique donc son attitude absolue m�me envers sa personne.

La destin�e de ces deux hommes se ressemble encore en un point � en leur vie �motionnelle. Ni l�un ni l�autre n�ont jamais eu une liaison amoureuse, aucun contact avec une femme, ils n�y ont m�me pas song�. Leurs devoirs sont plus importants que leur vie personnelle. Quant � Javert, les sentiments ne jouent aucun r�le dans son existence � il les trouve inutiles ainsi que les pens�es. Il sacrifie tout � son service, il n�a presque pas de loisir. Son r�gime, c�est � la vie de privations, l�isolement, l�abn�gation, la chastet�, jamais une distraction �[45]. N�anmoins Valjean, outre son amour pour ses semblables, d�die toute son affection � Cosette, qui devient la seule personne aim�e de sa vie. De plus, elle lui redonne des forces dans son existence p�nible. � Gr�ce � elle, il put continuer dans sa vertu. �[46].

M. Myriel et Cosette � ce sont deux hommes qui changent la vie de Valjean. � L��v�que fait lever � son horizon l�aube de la vertu ; Cosette y faisait lever l�aube de l�amour. �[47]. C�est exactement la pr�sence de pareilles personnes qui manque dans la vie de Javert. Celui-ci �change tous ses sentiments pour les vertus d�agent de police et il s�en contente. Aurait-il pourtant fait l�exp�rience d�un traitement plus humain, la fin de sa vie aurait �t� moins tragique.

7.   Conclusion

 

Ayant analys� certains aspects de leur vie, nous pouvons nous reposer la question : Valjean et Javert sont-ils des personnages tout � fait contraires ou ont-ils quelque chose en commun ? Gr�ce aux pages pr�c�dentes nous savons d�j� bien qu�il n�existe pas une r�ponse univoque � cette question.

D�une part on peut affirmer qu�il existe certains parall�les dans la vie de ces deux hommes, concernant avant tout leur histoire, leur destin�e et leurs intentions. Toutefois ils sont radicalement diff�rents dans leurs attitudes et dans les moyens qu�ils emploient pour atteindre leurs buts. Tandis que Javert r�sout tout d�une mani�re absolue et r�solue, sans aucun �gard, Valjean examine toujours ses d�cisions avant de les prendre et se questionne surtout sur leur influence sur la vie des autres. Un regard sur leur histoire nous r�v�le qu�il faut chercher la cause principale de ces divergences dans leurs exp�riences personnelles et dans l�influence de leur environnement, qui ont form�s leur caract�re et leurs conceptions de vie. Les choses v�cues changent leur fa�on de voir le monde : tandis que Valjean est plus sensible � ces impulsions ext�rieures, Javert n�est pas si flexible et demeure presque pendant toute sa vie attach� � ses opinions fermes.

Comme l�indique Stuart Fernie dans ses R�flexions sur Les Mis�rables[48], nous pouvons voir ces deux personnages comme les symboles de deux �poques diff�rentes � Javert pour l�Ancien R�gime avec ses r�gles dogmatiques et le respect absolu des autorit�s ; et Valjean pour le Si�cle des Lumi�res, qui remet en question tous les dogmes et met l�accent sur l�importance de la raison et de l�humanit�.

Notre analyse d�taill�e de deux personnages importants des Mis�rables nous  a permis avant tout de nous rendre compte de l�art de Victor Hugo : comprendre l��me humaine et les probl�mes de son �poque et en donner t�moignage dans une �uvre singuli�re. Un de ses messages principaux est qu�il ne faut jamais estimer les gens et leurs actions avant de connaitre leurs motivations � et cela ne concerne pas seulement Valjean et les autres victimes de Javert, mais aussi l�inspecteur lui-m�me.

 

 

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Bibliographie et webographie

 

Bibliographie

 

BIR�, Edmond, Victor Hugo apr�s 1830. Tome I, Paris, Libraire acad�mique Dider, 1891.

BIR�, Edmond, Victor Hugo apr�s 1830. Tome II, Paris, Librarie acad�mique Dider, 1891.

DECAUX, Alain, Victor Hugo, Paris, Libraire Acad�mique Perrin, 1984.

HUGO, Victor, Les Mis�rables. Tome I, [Paris], Le livre de poche, 1998.

HUGO, Victor. Les Mis�rables. Tome II, [Paris], Le livre de poche, 1998.

MAUROIS, Andr�, Olympio alebo �ivot Victora Huga, Trans. Miroslava B�rtov�, [Bratislava], Tatran, 1985.

 

Webographie

 

FERNIE, Stuart, Reflections on Victor Hugo�s �Les Mis�rables", 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/>.

FERNIE, Stuart, R�flexions sur � Les Mis�rables � de Victor Hugo, 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/misfrench.htm>.


 

[1] DECAUX, Alain, Victor Hugo, Paris, Libraire Acad�mique Perrin, 1984, p. 322.

[2] Decaux, ibid., p. 893

[3] Decaux, ibid., p. 654

[4] Hugo, Victor, Les Mis�rables, [Paris], Le livre de poche, 1998, p. 136.

[5] Hugo, ibid., p. 120

[6]Hugo, ibid., p. 160

[7] Hugo, ibid., p. 166

[8] Hugo, ibid., p. 329

[9] Hugo, ibid., p. 329

[10] Hugo, ibid., p. 1210

[11]Hugo, ibid., p. 1863 

[12] Hugo, ibid., p. 1864

[13] Hugo, ibid., p. 1865

[14] Hugo, ibid., p. 1850

[15] Hugo, ibid., p. 1865

[16] Hugo, ibid., p. 253

[17] Hugo, ibid., p. 254

[18] Hugo, ibid., p. 299

[19] Hugo, ibid., p. 280

[20] Hugo, ibid., p. 1532

[21] Hugo, ibid., p. 1496

[22] Hugo, ibid., p. 1763

[23] Hugo, ibid., p. 1768

[24] Maurois, Andr�, Olympio alebo �ivot Victora Huga, Bratislava, Tatran, 1985, p. 369.

[25] Hugo, ibid., p. 138

[26] Hugo, ibid., p. 148

[27] Hugo, ibid., p. 417

[28] Hugo, ibid., p. 1881 - 1882

[29] Hugo, ibid., p. 253

[30] Hugo, ibid., p. 1800

[31] Hugo, ibid., p. 253

[32] FERNIE, Stuart, R�flexions sur � Les Mis�rables � de Victor Hugo, 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/misfrench.htm>.

[33] Hugo, ibid., p. 422

[34] Hugo, ibid., p. 1767

[35] Hugo, ibid., p. 254

[36] Fernie, ibid.

[37] Hugo, ibid., p. 1763

[38] Fernie, ibid.

[39] Hugo, ibid., p. 133

[40] Fernie, ibid.

[41] Hugo, ibid., p. 1676

[42] Hugo, ibid., p. 306

[43] Fernie, ibid.

[44] Hugo, ibid., p. 306

[45] Hugo, ibid., p. 254

[46] Hugo, ibid., p. 611

[47] Hugo, ibid., p. 607

[48] FERNIE, Stuart, Reflections on Victor Hugo�s �Les Mis�rables", 08/05/2007. <http://www.geocities.com/stuartfernie/>.

 

 

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