Angel-A

 

 

 

Même si "Angel-A" ne va pas plaire à tout le monde, ou rapporter gros, c'est fort digne de la filmographie de M. Besson en tant que metteur en scène. Je l'ai trouvé divertissant, drôle, absorbant, touchant, réfléchi et surtout intéressant. Il est aussi un film anormalement intime. L'accent est clairement mis sur les deux personnages principaux. Alors que les autres personnages peuvent être tour à tour drôles, intimidants et même, dans une certaine mesure, mémorables, ils sont simplement là pour faire la lumière sur les personnages principaux ou pour faire avancer l’intrigue.

 
Je me demandais si une si longue absence de la mise en scène voulait dire que M. Besson avait dit tout ce qu'il avait à dire sur les thèmes mentionnés dans mon autre page sur les films de M Besson (www.stuartfernie.org/besson.htm), mais je suis rassuré de constater qu'il a une nouvelle fois trouvé une variation intéressante sur les thèmes de développement personnel, l'amour, la morale, la société et même l'existentialisme.

 
Il y a cependant une différence essentielle. Dans ses films discutés dans l’autre page, les personnages principaux sont des étrangers ou des solitaires qui ont contesté les règles de la société et qui ont lutté pour trouver une place dans la société tout en restant fidèles à leur nature. Dans « Angel-A », André a succombé à la pression sociale et a essayé de s'intégrer, pour se retrouver en difficulté. Il est un initié qui essaie (par besoin) de s’en sortir. Il n'a pas été fidèle à sa (bonne) nature et il s’est mêlé dans la conduite d’affaires amorales et fait des affaires avec des personnages louches pour survivre. Il a essayé de s'intégrer et a menti pour plaire, et, par conséquent, il a perdu tout sens de valeur - à ses propres yeux, ainsi qu’à ceux d'autres.

 


Angela arrive quand il est à son plus bas niveau, envisageant le suicide, et se met à aider André à la fois directement et en l'aidant à retrouver son estime de soi.

 
André ne cherche pas à imposer sa volonté sur la société, ni à l'attaquer - il est encouragé par Angela à rechercher la liberté de l'imposition de la volonté des autres et à ne pas être contrôlé. Cette liberté se gagne par le respect de soi et le rejet de la vision que les autres ont de lui. André est persuadé par la croyance d'Angela en lui - et non par le fait qu'elle est un ange. En effet, les implications de ce fait (la morale, l'âme, l’au-delà) sont largement ignorées. À la fin du film, la situation est plutôt transformée comme André demande à Angela de gagner sa liberté de Dieu. Il l'invite à laisser Dieu hors de sa vie, et à prendre ses propres décisions et à suivre ses propres sentiments. Encore une fois Dieu et la religion sont mis de côté en faveur de suivre son cœur et la nature.


Tous les deux, André et Angela, ont besoin d’être «sauvés» et de redirection - lui de la vacuité du mensonge et de l'intrigue, et elle du vide de ne pas avoir les attaches ou tout sens de la valeur réelle. Une fois de plus l'amour mène à la liberté et le respect de soi, et dans ce cas la liberté d'être "possédé" ou intimidé par les autres. Ils finissent par appartenir à eux-mêmes et l’un à l’autre. On pourrait même suggérer que, en fin de compte, André agit de la même manière qu’un ange, donc le "A" après Angel pourrait aussi signifier «André».

 

 

 

Bien sûr, sur le chemin vers cette fin, il y a un processus de découverte de soi avec des leçons sur la vie à gogo, avec le tout raconté avec un mélange divertissant de l'humour et de but. Partout où il cherche l'aide - qu'il s'agisse de l'ambassade américaine ou d'un poste de police - il est affronté par des tracasseries administratives et un manque de chaleur et de compassion. André est invité à garder les choses en proportion et à garder les yeux sur la situation dans son ensemble plutôt que de devenir plus anxieux au sujet des problèmes relativement mineurs. Il doit se rappeler les valeurs qu'il avait, mais qu'il a perdues dans son désir de réussir dans la société, et il est rappelé que le «succès» dans une société amorale et égocentrique est peut-être le succès sans valeur.

 


 


Angela veut qu’André cesse de vivre dans la peur et de voir au-delà des projections de soi des autres, et de reconnaître l'égalité entre les hommes. Nous jouons tous des rôles dans la société et dans la vie des autres, mais André s’est permis d'être gouverné par les perceptions des autres et a compromis à un tel point qu'il s’est pratiquement abandonné à son sort.
Angela lui permet de gagner le respect de soi et de reconnaître les faiblesses ainsi que les points forts chez les autres, au point où il ne se sent plus inférieur. A la fin il a été libéré de la crainte et de la nécessité de s'adapter aux autres. Il a appris à reconnaître sa propre valeur et de rompre avec son ancienne vision de la société et sa place dans ce monde.

 
Un mélange amusant et intrigant de "conte ange traditionnel" avec le thème commun de Besson sur la nature de la société et la place de l'individu en son sein, ce film se déroule dans le contexte superbe noir et blanc de Paris, et l'histoire est racontée avec son énergie et son humour habituels. La mise en scène de Luc Besson est totalement assurée - il sait ce qu'il fait et où il mène cette histoire. Il aborde des questions graves, mais il utilise un ton très léger pour en traiter, donc le tout est ludique et divertissant, mais incite la réflexion tout en restant intéressant.

 

 

 

 

email:    stuartfernie@yahoo.co.uk

 

 

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